Ludovia 2012 : Conférence en trio sur le thème de l’année 2012 «Plaisir d’apprendre et d’enseigner avec le numérique»

Présentée par :
  • Serge Tisseron, psychanalyste
  • Serge Soudoplatoff, spécialiste de l’internet et des nouvelles technologies numériques
  • Clément Martin, « les nouveaux étudiants-EducAction »
Quel impact des outils et des usages des outils numériques sur l’apprentissage, l’acquisition de connaissance ? La société est-elle prête pour le numérique ? Vie scolaire et vie numérique sont-elles compatibles dans un monde où le numérique et le ludique sont omniprésents ? L’enseignant, le parent doivent-ils s’adapter et suivre les tendances lourdes de notre société immergée par le numérique et les écrans, la ludification est-elle un passage obligé pour les apprentissages de demain ? Regards croisés et débat sur ces évolutions entre psychologie et technologie…
Synthèse
Dans une apparence initiale de diversité, tant professionnelle que générationnelle, les trois invités de la conférence d’ouverture de Ludovia 2012, Serge Tisseron, psychiatre, Serge Soudoplatoff, spécialiste d’Internet, et Clément Martin, jeune ingénieur, font néanmoins l’unanimité sur l’importance à accorder au plaisir en éducation. Le thème est d’autant plus prioritaire considérant la longue négligence de l’éducation au regard du rôle de l’affectivité dans l’apprentissage. Le plaisir constitue certes une manière de raviver l’école, tant pour les enseignants que les élèves. Les jeunes voient bien que la valeur des TIC ne tient pas que dans le contenu, mais dans le support du contenu. En tant que vecteur de changement, le dispositif s’avère un outil évolutif de préparation à l’avenir, voire à sa construction dans un effort collectif.
Corps du texte
La conférence d’ouverture de Ludovia 2012 a pris cette année une tournure informelle qui n’est pas sans rappeler le thème central de l’événement, soit le plaisir. Loin du ton péremptoire des conférences traditionnelles, l’activité a pris la forme d’une causerie, un peu décousue par moment, à l’image sans soute des médias sociaux où la forme n’est pas toujours linéaire, mais plus naturelle à la conversation.
Les trois invités ont sonné le coup d’envoi par de brefs exposés sur la question du plaisir et des TICE. Le thème Plaisir d’apprendre et d’enseigner avec le numérique, naturellement, a de quoi séduire. Les conférenciers, néanmoins, ont bien marqué le sérieux du plaisir. Dans un esprit de complémentarité, un psychanalyste, un expert en Internet et un étudiant de la génération Z ont posé des ‘regards croisés’ qui s’intersectent parfois sur les questions touchant le numérique et le ludique en éducation, tant au regard de l’apprentissage que de l’enseignement.
Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, membre du LASI (Laboratoire des atteintes somatiques et identitaires à l’Université Paris Ouest Nanterre), a ouvert le bal en rappelant, d’entrée de jeu, qu’il n’y a pas de meilleur moment, aujourd’hui, pour parler de plaisir, considérant l’engouement des jeunes pour le numérique. Ce contentement n’est pas que le fait de la nouveauté, mais naît du caractère multisensoriel des nouveaux dispositifs. La motivation intrinsèque, chère aux cognitivistes, naît par ailleurs de la valeur accordée aux appareils relativement à l’avenir, mais également du rapport que permettent ces nouveaux outils avec la réalité, au-delà de l’environnement immédiat. Puisque « le moi se construit du ça », il y a augmentation de l’apport constructif. Serge Tisseron a beaucoup insisté sur la nature complémentaire et augmentative du numérique. Ainsi, les TICE permettent d’évaluer autrement le travail des élèves, ce que plusieurs n’ont pas encore saisi. Par exemple, la rétroaction et le renforcement sont immédiats. Par conséquent, le rôle de l’enseignant n’est plus le même. Relativement au plaisir, ils et elles gagneront à devenir des plaques tournantes des intérêts des élèves. Pour terminer, Serge Tisseron rappelle que le plaisir n’est pas forcément l’amusement. Ainsi, l’élève trouvera plaisir dans le contrôle et la personnalisation de son environnement numérique.
Prenant le relais, Serge Soudoplatoff, chef d’entreprise et spécialiste Internet, a tourné son propos vers l’importance de se former à Internet, qu’il considère comme un nouvel alphabet. La puissance disruptive de ce nouveau moyen de communication nous oblige à tout reconsidérer, notamment l’éducation. Sans donner dans l’utopie, il reconnaît qu’Internet comporte un côté sombre qu’il faut garder à l’oeil et qu’il faut non pas tout cacher, mais auquel il faut éduquer. Compte tenu de la plasticité du langage numérique, il ne s’agit pas seulement d’éduquer à Internet, ni par Internet, mais d’amener les utilisateurs à participer à son co-design. Compte tenu de la plasticité du langage numérique, il ne s’agit pas seulement d’éduquer à Internet, ni par Internet, mais de participer à son co-design. Ne perdons pas de vue qu’un collectif est plus que la somme des participants, car il émerge des interactions une sorte de synergie augmentée. Par conséquent, la notion de connaissance préalable obligatoire ne tient plus, car plusieurs apprentissages sont désormais co-construits. Plus spécifiquement en relation avec la notion de plaisir, Serge Soudoplatoff évoque l’exemple des chirurgiens dont la dextérité est améliorée par les jeux vidéo. Il s’interroge, par ailleurs, sur la capacité des jeux vidéo à stimuler la raison, un aspect trop souvent négligé de la critique qu’on en fait. Au-delà du rationnel, toutefois, ne sous-estimons pas l’engagement affectif et intellectuel des jeunes dans ce nouvel environnement qui, s’il n’est pas toujours associé au plaisir, est néanmoins motivé par le désir.
Pour compléter ce trio, Clément Martin, ingénieur diplômé de l’ENAC vient présenter ce qu’il appelle les « nouveaux étudiants », c’est-à-dire cette jeunesse d’aujourd’hui qui estime que la connaissance, factuelle, mémorisée, est moins importante que les liens à tisser entre elles et entre ceux qui apprennent. Si bien qu’il invite les enseignants à devenir des agents mutagènes pour la transformation en éducation; une sollicitation au hacking pédagogique, ou Éduc’hack’tion. De nature disruptive, ces graines semées entre les dalles germeront une école faite autrement. Martin dresse un parallèle avec le monde de l’entreprise, qui vit déjà ces mouvances disruptives et transformatives.
Ces trois interventions ont soulevé diverses réactions de la salle. Pour certains, c’est l’effet pervers du plaisir qui est à craindre alors que chez d’autres, c’est un engouement face aux bénéfices, voire la qualité des apprentissages, à réaliser tant au niveau des élèves que chez les enseignants. Au fond, on a plus à gagner qu’à perdre.
Après avoir si bien donné le ton, les participants ont joint le bar camp extérieur, de près ou d’un peu plus loin. Là encore, on a entendu des précisions supplémentaires des conférenciers et des échanges avec des éducateurs qui se situent tout le long du continuum ‘engouement-crainte’ face au plaisir en éducation numérique, voire l’éducation tout court.
Pour les jeunes, la motivation intrinsèque se situe ailleurs que dans les outils numériques; ils y baignent depuis toujours. Pour certains, la motivation de ces jeunes est plutôt face aux opportunités d’être social afin de pouvoir interagir autour d’enjeux qui leur sont chers (justice sociale, environnement, etc.), au moyen de conversations puissantes avec leurs pairs.
————————-
François Guité et Jacques Cool

 

 

 

About these ads

One thought on “Ludovia 2012 : Conférence en trio sur le thème de l’année 2012 «Plaisir d’apprendre et d’enseigner avec le numérique»

  1. Ping : Synthèse 2012 : la vraie destination, c’est le voyage. « L'espace à Zecool

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s