TIC, enseignement, apprentissage et changement

L’idée d’écrire ce billet vient d’un échange sur Twitter avec Nancy Brousseau. Elle dit : "Même si je suis technophile, j’ai un peu peur du technocentrisme actuel… On oublie l’important." Il n’en fallait pas plus pour sortir ma plume!

Conversation avec Nancy Brousseau

Un peu de recul…

Cela fait plus de 10 ans que je blogue. En fait, 12 ans pour être exact. Avant cela, j’ai goûté au monde de la formation à distance et je peux honnêtement dire que c’est là où j’ai vraiment été saisi par ce que les technologies, ou plus précisément l’internet, pouvaient apporter pour travailler, enseigner et apprendre. N’étant pas du tout un "techie", je me suis lancé avec enthousiasme dans la découverte de nombreux outils numériques; communication synchrone, asynchrone, systèmes de gestion des apprentissages (LMS), utilitaires de toute sorte, etc. Je me gavais aux nouvelles possibilités qu’offrait tel ou tel outil pour mon travail et pour celui des enseignants que j’accompagnais. Je me suis mis à rédiger des billets de blogue et lentement, un réseau de gens venant d’ailleurs s’est tissé. Les belles heures de gloire de Bloglines! Et puis, autour de moi (IRL), une certaine perception que j’étais devenu le geek de la gang, le gars techno, celui à qui on demande conseille pour régler un pépin. Combien de fois ai-je eu une réaction semblable à celle d’un prof à qui on a posé une question dont il ne connaît pas la réponse…

Très bonne question! Allons voir ensemble si on peut trouver la réponse.

L’année 2008 : Ma découverte des réseaux sociaux comme outils de vielle professionnelle, notamment Twitter. On connaît la suite; billets, veille, réflexions partagées, ateliers et autres demandes. Très valorisant, professionnellement. J’ai beaucoup appris, j’apprends continuellement. Malgré ceci, j’avais toujours, toujours une certaine perception que j’étais le gars techno qui venait parler ou qui questionnait la place (voire l’absence) des TIC dans tel ou tel contexte. Mais petit à petit, autour de moi (physiquement et virtuellement) on commence à nommer, à expliciter et à articuler les vraies choses. Du discours technologique, on passe au discours technopédagogique et aujourd’hui, au discours pédagogique.

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Pendant cette période, j’avais au fond de moi ce sentiment que je n’incarnais vraiment pas "la diligence western qui se propulse aux fusées latérales". Je cherchais à partager des exemples d’utilisation judicieuse des TIC qui vont au-delà de la simple substitution. Je sentais que ce monde de l’éducation où la technologie, plus précisément le numérique et l’internet, nous propulsait vers de nouveaux horizons d’apprentissage auparavant impensables, en autant que ces outils suscitaient l’engagement. L’engagement du prof d’abord — dans la confection d’activités pédagogiques et l’offre du choix à ses élèves — et de l’apprenant ensuite, souvent conditionnel à une activité pédagogique signifiante, voire joliment complexe, proposée par le prof. Je peux décortiquer cette dernière phrase en y identifiant les composants qui me tiennent à cœur dans ma réflexion professionnelle. Allez, la liste..

  1. Les TIC et les médias sociaux : nombre d’outils et d’applications qui surgissent et qui  garnissent un véritable buffet, dont certains osent prétendre "révolutionner l’éducation"…
  2. Les compétences, souvent référées comme celles du 21e siècle, ou encore : les finalités. Ce Graal sacré de l’écriture des programmes d’études et des orientations stratégiques d’un système d’éducation… Comment amalgamer les contenus, les savoirs (disciplinaires et transdisciplinaires) avec un ensemble de compétences dont tous reconnaissent l’importance au projet de vie et de carrière du jeune mais qui reste encore et encore "difficilement évaluable" dans le paradigme dominant de l’évaluation des apprentissages ?
  3. La construction identitaire, comme Acadien, francophone, citoyen du monde : avec la réussite éducative, c’est la double mission pour nous, francophones d’Amérique. Comment la concilier avec une ouverture sur le monde et ainsi éviter une ghettoïsation culturelle ?
  4. L’école et sa communauté, en symbiose. L’école a toujours été près de sa communauté mais aujourd’hui, ce sont les partenariats bidirectionnels gagnant-gagnant qui caractérisent l’horizon scolaire du NB francophone et qui permettent au passage la création, l’expression d’apprentissages signifiants.
  5. Les sciences cognitives et en particulier, les neurosciences : les avancées scientifiques des dernières années propulsent la profession enseignante au-delà d’un ensemble de neuromythes qui auront fait leur temps. Enseigner est un art, oui, mais qui s’appuie sur des fondements scientifiques solides.
  6. Et j’aurais pu ajouter à mon diagramme ci-dessus : la(les) pédagogie(s), la diversité et l’inclusion, le leadership transformatif, le changement…

diagramme 1

On les met côte-à-côte, chacun comme un rayon de miel, avec son contenu qui lui est propre. Pendant quelques années, c’est comme cela que chemine ma réflexion.

MAIS IL MANQUE QUELQUE CHOSE À CETTE REPRÉSENTATION. Pas quelque chose qu’on ajoute, mais bien quelque chose qu’il faut représenter autrement.

En 2011, je vais explorer du côté universitaire et collégial. Gestionnaire d’e-learning, technopédagogue… Dans chaque cas, la rencontre de gens hyper-dynamiques et dévoués, mais aussi celle avec des gens hésitants, peu convaincus d’une place des TIC pour l’enseignement. La résistance au changement côtoyant les innovations les plus flyées. Comme le dit William Gibson

The future is already here — it’s just not very evenly distributed.

JYF

Pourquoi ce procès des TIC ? Pourquoi certains d’entre nous sommes si souvent considérés technocentriques ? Comment éviter les diligences western propulsées aux fusées latérales, ou les diligences western tout court ? Comment amener au soleil les réalisations et les créations d’élèves et d’enseignants innovants et inspirants ? Pourquoi de telles dichotomies ? Comment écrire nos finalités de l’éducation qui refléterait l’école faite autrement ? Comment susciter l’engagement des leaders et des enseignants vers un nouveau référentiel pédagogique, afin de situer l’école, telle qu’organisée et pratiquée, réellement au 21e siècle (et ce, avant que le 22e n’arrive) ? Je vois des danseurs solitaires un peu fous (voir ce clip sur Youtube si vous ne l’avez pas encore visionné) et quelques autres courageux qui se lèvent. Je vois aussi beaucoup, beaucoup de gens dans les écoles qui AIMENT les enfants, qui veulent ce qu’il y a de mieux pour chacun d’eux. Mais qui "font" et qui "comprennent" l’école selon un référentiel qui est devenu obsolète aujourd’hui. Et la plupart d’entre le savent. Je reste convaincu que bien des gens iront rejoindre ces danseurs fous, dans une belle euphorie au service des jeunes…

Bon, je m’emporte un peu. Revenons au propos de base.

À Clair 2014, j’ai voulu adresser ce besoin de démystification en éducation tout en interpellant les acteurs en éducation de se connecter et de laisser des traces. Je reste convaincu que nous avons parmi nous, à côté de nous, des gens qui incarnent déjà ce changement. Des gens qui voient ce que certains considèrent être des contraintes systémiques comme des opportunités de faire différent, au nom des apprentissages des jeunes.

Et il y a ces gestionnaires déterminés à instaurer une culture organisationnelle plus ouverte, réseautée et mobilisante… Nos organisations doivent devenir des organisations apprenantes. Tel est le monde dans lequel nous vivons.

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Depuis 2012, je suis témoin d’initiatives et de projets tout à fait saisissants dans bon nombre d’écoles communautaires ici. Le jeune qui s’engage dans un projet signifiant, avec conscience et éthique et qui réalise des apprentissages relatifs aux disciplines scolaires, en passant. Des enseignants qui jurent ne plus vouloir revenir en arrière, dans ces écoles, dont certains découvrent l’effet levier puissant des TIC dans leur classe. Pas encore le point de bascule mais ça s’en vient !  Des apprenants qui laissent de plus en plus de traces et qui se réseautent. Une infrastructure technologique plus ouverte, performante, responsabilisante, évolutive et aidante. Des outils numériques omniprésents comme l’oxygène de l’air, sans être le point de mire mais bien le levier essentiel. Des dirigeants qui mobilisent et qui tracent la voie pour permettre ces expressions du savoir, du savoir-faire, savoir-être et (ça commence…) du savoir-publier. Des jeunes qui aiment aller à l’école et qui y découvrent/confirment une passion. Des communautés fières de leur école et qui font une différence. Voilà le SENS de l’école qui se dégage à mes yeux. Le SENS à donner aux TIC, aux programmes d’études actualisés, à la formation continue, formelle, informelle et sociale. Le SENS qui fait du bon sens…

esprit d'entreprendre

Bref, un pouvoir d’agir individuel et collectif. Dans cette perspective, la relation enseignant-apprenant reste au cœur du système d’éducation et en bout de piste, les jeunes qui y sortent sont mieux outillés et confiants dans leur projet de vie et de carrière, dans un monde changeant et teeeeellement différent de celui que nous, les adultes, avons connu.

Donc, en synthèse à tout ceci, je tente d’illustrer la complexité du système d’éducation avec une perspective simplifiée mais intégrée…

école lieu de

Est-ce trop fleur bleue pon-pon ? Est-ce que les sous-entendus d’une telle représentation resteraient ignorés par le fait qu’ils ne soient pas explicitement nommés ? Est-ce que ce sont des balises suffisantes pour un leader d’engager son équipe ? J’aimerais vous lire à ce sujet.

Voilà mon 2 cennes pour aujourd’hui.

4 thoughts on “TIC, enseignement, apprentissage et changement

  1. "Ne doutez, jamais qu’un petit groupe de personnes concernées et réfléchies puissent changer le monde. D’ailleurs c’est toujours de cette façon que ça se passe"
    Margaret Maed
    Bonne route et tu as tout mon support.
    Salutations!

  2. Ping : TIC, enseignement, apprentissage et changement | neottia nidus-avis

  3. Bonjour Jacques, tout d,abord merci beaucoup pour tout ce que vous mettez en ligne, je m’y abreuve souvent ! En voyant votre premier diagramme, je remarquais aussi qu’il y manquait quelque chose.

    Ma solution est différente de la votre. Je vous laisse réfléchir à cette image :

    Merci encore pour la générosité avec laquelle vous partager votre expertise.

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