Les modèles d’appropriation des TIC : une question de doigté pédagogique

« On n’est jamais à l’outil d’abord. » (Lucie Pearson)

« On n’a pas encore réalisé l’ampleur de l’impact des TIC en éducation. » (@zecool)

Les enseignants qui explorent les technologies pour enseigner et apprendre auront probablement croisé le modèle SAMR,

Picture29

…le modèle TPACK

…ou plus récemment le modèle ASPID.

ASPID

Ces représentations visuelles contribuent grandement aux éducateurs de se faire une tête autour de la démarche d’appropriation des TIC et de leur intégration judicieuse en enseignement et apprentissage. Elles sont à la base d’initiatives pour aider les enseignants à proposer des activités d’apprentissage qui font bon usage des outils technologiques. Elles sont la source de maintes discussions et de débats, particulièrement dans une perspective post-procès des TIC à l’école.

Cet article de Matt Miller, Rethinking SAMR, TPACK and using technology well, m’amène à cogiter un peu plus sur le sujet… Chose promise, chose due :

promesse de billet de blog SAMR TPACK

Tout comme cet éducateur, je voyais avant tout ces modèles comme un projet d’ascension d’une montagne, avec tous les efforts nécessaires pour en arriver au sommet (le R de SAMR ou la zone centrée de TPACK). Mais à mon tour de nuancer davantage… Il s’agirait moins d’une ascension en pente raide que d’un « canvas de référence ».

Je m’explique.

Tout en saisissant la portée d’une redéfinition de tâches auparavant inconcevables, le R de SAMR reste une référence. Dans la réalité d’une classe où les outils numériques occupent une place importante (mais non centrale, plutôt… naturelle), il y aura des activités avec des améliorations fonctionnelles (le A) et d’autres activités reconfigurées (le M). Quant au S, la substitution tout court, elle ne devrait être qu’un tremplin aidant à réaliser que le potentiel du numérique, le vrai, pour enseigner et apprendre est à venir. Il s’agit donc d’une grande responsabilité pédagogique, celle de dégager les buts, les stratégies et les moyens pour engager ses élèves dans leurs apprentissages. C’est la boîte à outils du prof ! Tiens, justement hier, une discussion hier sur l’enseignement magistral…

magistralmagistral 2

Tout est dans la tâche!! 

Au-delà du tape-à-l’oeil souvent mercantile d’outils qui vont « révolutionner l’éducation » (yeah right…), l’emballement initial (Wow, c’est comme un tableau et une craie!) peut donner lieu à une chute d’intérêt et du découragement. C’est en forgeant qu’on devient forgeron. Concevoir et mettre de l’avant des activités de types A, M ou R demande de l’effort (mais le retour sur l’investissement, lui, reste impressionant). L’enseignante, cette apprenante, qui ajoute divers outils dans sa boîte et qui sait faire appel à tel ou tel, dans telle ou telle circonstance/contexte/but/situation, saura vite comprendre les affordances pédagogiques du numérique dans sa profession. C’est cette pente douce de l’illumination, de la lumière (enlightment) qui en fait une professionnelle de l’éducation de  son temps (je ne dis pas du futur, c’est du présent qu’il s’agit ! Nous sommes en 2014 !!)

Mon 2e constat, je l’avais déjà soulevé ici :

La taille des cercles illustre à quel point l’impact des technologies sur la pédagogie ne cesse de croître, ce qui ne amène(ra) à revoir les théories d’apprentissage, à la lumière des nouvelles réalités technologiques de ce monde. “We become what we behold. We shape our tools, and thereafter our tools shape us.” — Marshall McLuhan.

Pour le 3e point, je reste à l’affût de référentiels qui intègrent des modèles d’intégration des TIC en éducation dans une perspective collective. Comment sait-on si le virage technopédagogique a de l’impact sur la culture organisationnelle dans laquelle font partie les professionnels de l’éducation ? À quoi ressemble alors cette culture organisationnelle ? Quels en sont les attributs ? Comment cette culture peut-elle accompagner l’enseignant-apprenant au-delà de cette chute d’intérêt et découragement ("through of disilusionment"), pour en surgir plus confiant, plus équipé ?

Il devient alors essentiel de considérer le leadership, le modelage — je pense ici aux Chris Kennedy, George Couros, Chris Lehmann, Nancy Brousseau, Sébastien Stasse, Roberto Gauvin et autres directions inspirantes — la mise en action d’une vision partagée – l’initiative Destination Réussite volet II par exemple — la collaboration, le courage — tous les Ron Canuel de ce monde — et la détermination.

 

******************************************************

Donc, en résumé, le doigté pédagogique peut s’exercer d’au moins 3 façons :

  1. On réfléchit D’ABORD sur les stratégies et les interventions pédagogiques à privilégier. APRÈS, on choisit les outils en fonction de celles-ci. (La boîte à outils, de plus en plus bien garnie…)
  2. La relation entre les contenus, la technologie et la pédagogie n’est plus dans un rapport 1:1:1. Ce que nous savons aujourd’hui en pédagogie (conception universelle de l’apprentissage, neurosciences, etc.) et le potentiel impressionnant et sans cesse grandissant des technologies d’aujourd’hui élargissant le rayon de ces deux cercles (ceux dans TPACK). Quant aux contenus, ils continuent d’être là, et de plus en plus facilement accessibles.
  3. On illustre les modèles d’intégration des TIC en éducation en fonction de l’individu. Comment relier cette démarche personnelle avec une démarche plus grande, plus collective, plus systémique; celle de l’école, de l’institution ou de la juridiction ? On parle alors de culture organisationnelle qui devient plus cohérente avec ce nouveau modus vivendi (et operandi) de la profession d’enseignante/d’enseignant.

 

Ce n’est pas gagné d’avance mais je vois des signes de contagion fort encourageants autour de moi et ailleurs dans le monde.

Bonne fin de semaine !

4 thoughts on “Les modèles d’appropriation des TIC : une question de doigté pédagogique

  1. D’un point de vue design, j’adore ce billet! Une belle réflexion qui nous ramène à l’essentiel même du mandat à remplir… Tellement d’options technologiques s’offrent à nous maintenant. Un rappel aussi sur la théorie "K.I.S.S." s’appliquera toujours en communications graphiques.

    • J’apprécie ce commentaire, Kevin. En structurant mon propos, je me suis rappellé les points suivants :
      -faire "respirer le texte" en y insérant des éléments graphiques pertinents,
      – m’en tenir au propos de base, car j’aurais pû prendre plusieurs tangentes d’idées ici et là. Et puis, je n’aurai d’autre choix qu’à publier de nouveaux billets ;-)

  2. Ping : Les modèles d’appropriation des TI...

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