Native/immigrant : une représentation périmée

Dans ce billet incontournable, Siemens soutient que l’expression de Prensky (digital native/digital immigrant ) est galvaudée : « …a buzz phrase that has outlived the role it initially played in getting educators to think about the different types of learners now entering our classrooms.”

Tout en soutenant que les apprenants ont change et que l’école doit changer elle aussi, Siemens insiste que la raison pourquoi l’école doit changer est qu’elle existe dans une société de plus en plus complexe et globalisée.
(“I agree learners are changing. I agree our institutions need to change. But our institutions need to change because of the increasing complexity of society and globalization.”)

Il ne s’agit pas d’un fossé générationnel mais plutôt que “the school system is in need of overhaul, but as mentioned above, the overhaul is needed because society has changed, not because learners have iPods”.

Il poursuit :

Why should schools react to learner’s methods of learning and interacting with content? Well, obviously, if we ignore how they interact with each other and with content, we are largely subjecting them to a mode of thinking (linear, certainty-based) that is at odds with how they experience life (complex, social, and collaborative). Contrary to Prensksy’s views, this distinction is NOT a function of age. It’s a function of attitude…a mindset of experimentation…experience with technology. Secondly, education plays a role in society that goes beyond reacting to emerging trends. Education’s role is one of preparing people for life, for engagement in academic discourse, for awakening and nurturing talents learners are not yet aware of, for critical dialogue on « big trends » and how we should conduct ourselves in relation to these. Quite simply, education utilizes the tools and manner of expression and dialogue of a particular culture in order to transform learners into citizens capable of tackling the increasingly complex problems of the world.

Siemens rejoint ainsi Thomas Homer-Dixon, qui nous présentait vendredi dernier un exposé fascinant sur la nécessité du changement de paradigme. Son titre : Apprendre à bien réagir (resilient) face à un monde de complexité, rapide et plein de surprises (Resilient = la capacité à soutenir le choc sans faillite catastrophique).

Selon Homer-Dixon, l’éducation n’est pas seulement une clé à la prospérité, mais à la survie.

La planète fait face aux tendances/défis globaux suivants :

– Démographie à la hausse et mouvements migratoires
– Demande d’énergie à la hausse
– Impact des changements climatiques
– L’écart croissant entre riches et pauvres
– Complexité des réseaux (à titre d’exemple, la présentation « Saviez-vous que? »)

L’impact de ceci sur le monde de l’éducation?

– Nos mécanismes de compensation deviennent surchargés;
– Encore plus de « discontinuité systémique » (ex. « societal breakdowns« );
– Des temps volatils, des crises, des surprises, de la dislocation (dans nos vies, dans la société). Toutefois, toute surprise n’est pas nécessairement négative ou désastreuse, ajoute-t-il.

Tout ceci amènera les gens à se rassembler, à être plus créatifs, à penser de façon plus critique et à résoudre des problèmes, etc. Il est donc impératif de préparer les jeunes à être équipés pour faire cela. Homer-Dixon rejoint alors Siemens… ainsi que nos « pages d’en avant » des programmes d’études (cadre théorique) qui sont trop souvent escammotées, si voulez mon avis.

Ceci impliquera donc cinq (5) changements de paradigmes, que je résume ici à partir de mes notes prises sur tablette PC :

Dans un système complexe, il faut être en mesure de reconnaître les incertitudes inhérentes, ou comme d’autres ont dit, les « inconnus inconnus ». Des choses non anticipées peuvent survenir; la clé, c’est d’être équipés pour les confronter (résolution de problèmes), en équipe, en partageant des connaissances et infos. Quant aux valeurs (morales, spirituelles), passer d’un mode « aimer/pas aimer » vers un mode du « bien et du mal ». Le défi de l’éducateur : éviter le dogme, favoriser la discussion constructive et non la confrontation. La connaissance, elle, appelle à l’intégration des matières et au regroupement des disciplines (contextualiser /décontextualiser /recontextualiser dit Jacques Tardif). Fini les silos de connaissances!

En fin de présentation, lorsque Homer-Dixon parle d’étendre la notion de communauté à une échelle planétaire (« common collective identity »), j’ai eu comme un p’tit froid 😦

Et notre identité culturelle, notre patrimoine, dans tout cela? Je suis qui je suis; acadien, francophone, fier de vivre au N.-B. et au Canada, respectueux de la langue française et en même temps je reste, au meilleur de mes capacités, ouvert sur le monde, je recycle, je composte, je co-voiture, je suis sensible aux iniquités sociales, etc. etc. En d’autres mots, je crois que je fais ma part. Mais aux yeux de Homer-Dixon, est-ce suffisant? Dommage qu’il était difficile d’accès, dans une salle de plus de 500 personnes.
En tout cas, pour revenir à Siemens et sa critique de Prensky, je suis d’accord pour que l’on passe à autre chose lorsqu’on parle d’utilisateurs des TIC. C’est une question d’attitude et d’expérimentation.
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3 commentaires

  1. Avertissement: Je réfléchis en même temps que j’écris!L’identité culturelle n’est pas nécessairement incompatible au fait que tu sois citoyen du monde. Bien au contraire selon moi. Je pense que la diversité culturelle bonifie la l’identité planétaire exactement comme un bon vin. La France, l’Italie et l’Espagne produisent d’excellents vins. Pourtant, en fonction du cépage et de la position géographique, ils ne sont pas tous du même type (blanc, rouge ou rosé) et même avec un même cépage, les arômes diffèrent en fonction de la région, du viniculteur, du sol, etc.Ce que je veux dire, c’est d’éviter d’être réactionnaires et chauvins comme certains québécois (de la région d’Hérouxville par exemple) et d’accepter la diversité sans pour autant perdre son identité culturelle.Voilà! J’y suis parvenu. J’ai nommé ce qui faisait rouler mon petit hamster dans mon cerveau :o)Martin

  2. Tout à fait Martin. Réactionnaire et chauvin = ignorant et mésinformé. Tout comme la famille et la communauté, l’école doit faire sa part : éducation à la citoyenneté et développement du sentiment d’appartenance ne sont pas dichotomiques.

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