EAP : à chacun son coffre à outils

Tenter de décrire mon environnement d’apprentissage personnel/professionnel avec des centaines de gens engagés dans le cadre du 1er MOOC francophone ITyPA (Internet, tout y est pour apprendre), c’est un peu comme discuter de menuiserie avec un groupe de charpentiers : on compare nos boîtes à outils, nos outils préférés, nos façons de s’en servir, des p’tits trucs dans l’exécution, mais aussi (surtout) des projets de construction qu’on entreprend. La métaphore colle bien , il me semble… Après avoir jasé outils, c’est surtout le regard sur ce qu’on a édifié qui nous interpelle le plus. Dans mon cas, c’est une maison de l’apprentissage, de la technopédagogie (pour ne pas dire pédagogie tout court) et de cette urgence d’actualiser le monde de l’éducation dans cette 2e décennie bien entamée du 21e siècle.

Je reviens brièvement sur ma boîte à outils. Ce Slideshare illustre les 4 facettes de mon EAP : ma salle de travail (en équipe), mon classeur, mon portfolio et mes ‘journaux’ (ma veille). Ce n’est qu’UNE itération d’un EAP. J’interceptais hier via Twitter, mot-clic #ITyPA, cet article du Service de soutien de l’Université de Sherbrooke qui dit notamment :

« Il peut y avoir autant d’exemples différents d’EAP qu’il y a d’étudiants suivant une même activité pédagogique. Inversement, un même EAP peut servir à plusieurs activités dans différents contextes d’apprentissage. »

En me promenant sur diverses contributions des gens d’ITyPA, je vois rapidement en effet toutes ces variations sur un même thème; la carte heuristique d’Anne-Céline Grolleau, les interrogations très pertinentes de Sabine Kergoet, les outils de l’enseignant 3.0 d’Antoine Melo, pour ne nommer que celles-ci… J’aimerais féliciter les organisateurs de ce MOOC : la belle et grande diversité des contributions de centaines de participants est exactement cela dont nous parlait Dave Cormier! On y ressent les apprentissages, les interrogations, on lit et on commente, on débat, on co-construit. Plus de 2166 articles déjà, et le cours n’en est que dans sa 3e semaine.

Mon point ici est donc : nous avons aujourd’hui accès à un ensemble impressionnant d’outils. Le réel défi est alors de faire des choix technologiques judicieux : comment j’apprends? Comment mes élèves apprennent-ils? Quelle est la valeur ajoutée d’une veille en ligne? Comment gérer ET mon identité numérique ET mon temps en ligne? Comment paramétrer ma veille afin que ce soit moi qui la contrôle et non l’inverse?

En synthèse, je vous répondrais que le web participatif m’a amené, depuis 10 ans environ à apprendre, collaborer, travailler d’une toute autre façon. C’est via la formation à distance, véritable précurseur d’innovations technopédagogiques, que j’ai eu la piqûre. Le blogue restera chez moi roi et maître depuis 2004 : c’est mon resto, alors que Twitter devient l’enseigne lumineuse qui affiche le menu aux passants. Et Diigo, fidèle compagnon dans ma veille, est devenu ce rolodex (partagé) de recettes toutes aussi délicieuses les unes des autres. Infobésité, dirons certains? Je ne le crois pas.

Allez, bon apétit!

Mise à jour 15h30 (EST) 18 octobre

Voici l’enregistrement de la session d’aujourd’hui. Grands mercis aux animateurs pour l’accueil!

Et merci à Gilles Le Page pour sa carte heuristique de cette conversation. Belle utilisation des outils. (Maintenant, il me reste à jouer avec le code HTML pour pouvoir l’intégrer dans WordPress… Pas toujours évident.)

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14 commentaires

  1. Bonjour Jacques,
    J’ai une question qui n’a pu (??) être retransmise lors de la session hangout de Jeudi dernier [http://itypa.mooc.fr/comment/1028#comment-1028] je la reprends ici:
    « J’aimerais connaître le sentiment de l’intervenant de ce soir concernant la validation des acquis suite à des sessions telles que celles-ci? Pense-t’il qu’il va y avoir une transition vers des tests/examens pris aussi en ligne (quid alors de la confidentialité, de la triche, etc.) ou est-ce que l’on va s’en tenir aux examens officiels, apprenant en line les prenant en tant que candidats libres? »

    1. Bonjour Pascal,

      L’évaluation en ligne des apprentissages est sur cette liste des tendances fortes en technopédagogie; évaluation adaptative, rétroaction immédiate, outil d’évaluation (l’ordi) congruent avec usages quotidiens, etc. Tant de possibilités mais aussi tant de questionnements. Vos questions ici sont fondamentales.

      D’abord, un cours comme ITyPA est avant tout une occasion d’apprentissage informel : le groupe forge les contenus, façonne, questionne, génère… S’il faut ‘évaluer’ les apprentissages dans un tel cadre, je crois qu’un examen (tels qu’on les connaît) serait une intervention incongruente avec les visées, la philosophie, la dynamique d’un cours ouvert qui se veut de type collaboratif (le c dans cMOOC). Plutôt, pensons portfolio, blogue, etc. et s’il le faut (là où on désire faire une mesure de ce qu’un participant a appris), pensons rubriques, grilles d’observation, évaluation par les pairs, etc. Il y a aussi la tendance de ‘badges’ qui court; une sorte d’écusson virtuel qui dit « Moi, j’y étais dans ce MOOC ». La mesure de ce qui y a été appris concerne avant tout l’apprenant, dans une démarche réflexive et d’introspection. Métacognition pour certains.

      Dans un cadre d’un cours plus formel, qu’il soit en ligne ou non, le premier principe à respecter quant à l’évaluation des apprentissages est la CONGRUENCE. La tâche évaluative est-elle fidèle à ce qui fut vécu en classe? Aujourd’hui, il est grandement question de revoir et d’actualiser les visées de formation; on parle de compétences pour le 21e siècle, de notre rapport complètement transformé avec le savoir, du savoir-publier, etc. La phrase-clé pour l’évaluation devrait être : « Qu’est-ce que tu sais faire avec ce que tu sais maintenant? ». Pourquoi régurgiter des contenus, qui sont disponibles dans la paume de notre main, en 2 clics? Quelle tâche évaluative placera l’apprenant dans une situation authentique où le recours à la triche devient inutile? En attendant, le numérique permet déjà des possibilités : l’inclusion d’éléments multimédia pour la présentation de la tâche mais surtout pour la production d’une réponse (et si la réponse était sous forme d’une vidéo qui montre l’apprenant en action ou qui nous parle, par exemple). Dans le cas de réponses écrites, des outils tels que turnitin.com (il y en a d’autres) permettent une vérification instantanée du texte soumis en fonction de milliards de pages web, informant le correcteur de ‘degrés de similarité’, mais aussi, cet outil est personnalisable pour qu’un prof y développe ses propres rubriques appliquées et, dans le cas de rédaction, de marqueurs de texte drag-and-drop, etc. Et puis, la vitesse de rétroaction : fini l’attente.

      Mais dans tout ceci, je maintiens : tout est en fonction de la tâche évaluative demandée, congruente avec les activités vécues. Et ça, c’est un nouveau paradigme qui continue de bouleverser certaines docimologies plus… traditionnelles, mettons.

      Raison de plus de dire que la technopédagogie, ce n’est que de la pédagogie, au fond. 😉

      1. Bonjour Jacques,
        en lisant cette réponse, ça me fait penser à l’alignement objectif / activité / évaluation. Si l’on veut utiliser un MOOC pour évaluer des compétences, cela doit s’envisager dès le début de sa conception, afin de définir clairement les objectifs d’apprentissage visés. De là vont découler les activités proposées et les outils dévaluation. La difficulté présentement est de savoir quels sont les objectifs d’apprentissage visés, vue l’hétérogénéité des participants …
        Et merci pour cette réflexion !

      2. L’évaluation en ligne des apprentissages est sur cette liste des tendances fortes en technopédagogie; évaluation adaptative, rétroaction immédiate, outil d’évaluation (l’ordi) congruent avec usages quotidiens, etc. Tant de possibilités mais aussi tant de questionnements. Vos questions ici sont fondamentales.
        Je pense dans un premier temps, il faudrait qu’il s’établisse une charte de l’utilisateur MOOCEUR;

        Qu’est-ce que je vais apprendre en situation informel ? La notion de cadre est pour moi important. Où je vais mettre les pieds ? avez-vous pensé à une charte d’apprentissage ? Pourquoi l’institution « Ecole » OU « Université » éprouve des difficultés dans son domaine de référence qui est la transmission des savoirs mais surtout des savoir-être ?

        La notion de valeur ou des valeurs ne résonnent plus de la même façon chez non étudiants ou écoliers des années 2000. Je vais pas allez jusqu’à dire que c’était mieux de mon temps mais nous avions quand même à l’esprit la notion de valeur et de respect.

        Un enseignant aujourd’hui n’est pas fatigué par sa transmission de savoirs mais par la notion de gendarme à cause du manque de respect des valeurs. Après la réflexion du comment les animateurs du MOOC c vont mettre des stratégies d’évaluation de l’apprentissage me semble secondaire.

        Le formateur en Mooc C devra utiliser des notions non seulement de congruence mais aussi d’efficience. Pour faire court comment je vais motiver l’apprenant pour qu’il soit motivé, persévérant dans son apprentissage.

        Plus que le contrôle évaluatif, sommatif d’un cursus spécifique, la notion de plaisir partagé doit-être là. Quand je suis bien dans mon fauteuil je n’ai pas envie de le quitter ou bien quand je partage des choses avec ma femme et mes enfants je n’ai pas envie d’aller ailleurs.

        La notion d’investissement personnel est à mes yeux aussi important. Si je donne du temps à l’apprentissage quel gain vais-je obtenir, une reconnaissance personnelle, une reconnaissance de mes pairs, une reconnaissance de ma famille.

        L’apprentissage est un placement à long terme, il définit mes rapports que je vais avoir aux autres. Pour ce qui est de la notion de badge je trouve cela puéril. Ne reproduisons pas ce que qui marche pas c’est à dire de la fabrique d’exclusion;

        Ce n’est pas parce que je n’ai pas de diplôme que je n’ai pas une valeur aux yeux du créateur. Chaque être est unique et le Seigneur reconnaît tous les siens. Fabriquons un processus qui fait grandir l’humain. Développons plutôt des notions de savoir-être comme la persévérance.

        Le chercheur universitaire manie des outils, des concepts, c’est bien mais il ne fabrique pas du tout la notion de bien-être. Le français a tendance à être individualiste et nombriliste. De grâce, ouvrons les portes, pour que cela sente la rosée. Plus on est dans la notion de l’enfance et des besoins primaires plus on se sent bien.

      3. L’évaluation en ligne des apprentissages est sur cette liste des tendances fortes en technopédagogie; évaluation adaptative, rétroaction immédiate, outil d’évaluation (l’ordi) congruent avec usages quotidiens, etc. Tant de possibilités mais aussi tant de questionnements. Vos questions ici sont fondamentales.
        Je pense dans un premier temps, il faudrait qu’il s’établisse une charte de l’utilisateur MOOCEUR;

        Qu’est-ce que je vais apprendre en situation informel ? La notion de cadre est pour moi important. Où je vais mettre les pieds ? avez-vous pensé à une charte d’apprentissage ? Pourquoi l’institution « Ecole » OU « Université » éprouve des difficultés dans son domaine de référence qui est la transmission des savoirs mais surtout des savoir-être ?

        La notion de valeur ou des valeurs ne résonnent plus de la même façon chez non étudiants ou écoliers des années 2000. Je vais pas allez jusqu’à dire que c’était mieux de mon temps mais nous avions quand même à l’esprit la notion de valeur et de respect.

        Un enseignant aujourd’hui n’est pas fatigué par sa transmission de savoirs mais par la notion de gendarme à cause du manque de respect des valeurs. Après la réflexion du comment les animateurs du MOOC c vont mettre des stratégies d’évaluation de l’apprentissage me semble secondaire.

        Le formateur en Mooc C devra utiliser des notions non seulement de congruence mais aussi d’efficience. Pour faire court comment je vais motiver l’apprenant pour qu’il soit motivé, persévérant dans son apprentissage.

        Plus que le contrôle évaluatif, sommatif d’un cursus spécifique, la notion de plaisir partagé doit-être là. Quand je suis bien dans mon fauteuil je n’ai pas envie de le quitter ou bien quand je partage des choses avec ma femme et mes enfants je n’ai pas envie d’aller ailleurs.

        La notion d’investissement personnel est à mes yeux aussi important. Si je donne du temps à l’apprentissage quel gain vais-je obtenir, une reconnaissance personnelle, une reconnaissance de mes pairs, une reconnaissance de ma famille.

        L’apprentissage est un placement à long terme, il définit mes rapports que je vais avoir aux autres. Pour ce qui est de la notion de badge je trouve cela puéril. Ne reproduisons pas ce que qui marche pas c’est à dire de la fabrique d’exclusion;

        Ce n’est pas parce que je n’ai pas de diplôme que je n’ai pas une valeur aux yeux du créateur. Chaque être est unique et le Seigneur reconnaît tous les siens. Fabriquons un processus qui fait grandir l’humain. Développons plutôt des notions de savoir-être comme la persévérance.

        Le chercheur universitaire manie des outils, des concepts, c’est bien mais il ne fabrique pas du tout la notion de bien-être. Le français a tendance à être individualiste et nombriliste. De grâce, ouvrons les portes, pour que cela sente la rosée. Plus on est dans la notion de l’enfance et des besoins primaires plus on se sent bien.

  2. Merci Jacques pour ce retour. Vous avez mentionné la notion de badge à laquelle je pensais en vous faisant ce commentaire. En France nous sommes très axés/conditionnés sur/par l’obtention du diplôme (qui sont systématiquement demandés même à des dizaines d’années de distance de la scolarité), au vu des exemples donnés (dont turnitin.com) je crois voir qu’il se dessine un système d’évaluation dans ce sens.

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