Atelier jeunesse francophone à Dakar : un bilan personnel

Every generation gets a chance to change the world

Pity the nation that won’t listen to your boys and girls

‘Cos the sweetest melody is the one we haven’t heard

(U2, I’ll go crazy if I don’t go crazy tonight  )

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La semaine dernière, je me rendais à Dakar, Sénégal, afin de co-animer un atelier organisé par l’OIF-jeunesse et le ministère sénégalais de la jeunesse, de la formation professionnelle et de l’emploi. Cet atelier, « Jeunesse et réseaux sociaux », s’adressait à de jeunes leaders de 20 à 30 ans, venant de 20 pays d’Afrique, d’Asie et d’Europe. L’objectif était de leur présenter les fonctionnalités d’un tout nouveau portail jeunesse leur permettant d’étendre leurs communautés d’intérêt via des outils numériques de réseautage, tout en les aidant à développer de plus grandes compétences de « savoir publier ».

Je pourrais vous parler de mes impressions générales : la chaleur humide saisissante, les rythmes de vie différents de ce que je connais, la nourriture, etc. mais ce blogue n’en est pas un à vocation touristique (je me permettrai toutefois, à la fin de ce billet, de parler de Gorée). Plutôt, je préfère vous offrir ici mes réflexions en aval sur une expérience de formation, autant chez les jeunes que chez le formateur aussi…

La jeunesse francophone mondiale, interpellée et mobilisée par les activités de l’OIF-jeunesse, est une jeunesse fondamentalement engagée et motivée. En écoutant chacun de ces 40 jeunes se présenter et indiquer en quoi ils s’impliquent, je restais impressionné par les causes et les valeurs qu’ils défendent : développement durable, justice sociale, sport, droits des enfants, entrepreneuriat social, éducation, inclusion sociale, fierté de la langue française et j’en passe. Oui, je reste optimiste que nous léguons un monde quelque peu amoché à des jeunes qui veulent l’améliorer, comme nous invite Bono de U2… À mon tour, si je peux contribuer un tout petit peu afin qu’ils et elles voient, dans le cadre de mes interventions et écrits, que les réseaux sociaux peuvent être des leviers efficients de sensibilisation, d’éducation et de mobilisation, eh bien, tant mieux!

Voici mon Slideshare de quelques perspectives abordées en amont de l’atelier, lors de la cérémonie d’ouverture (vous ai-je dit combien les africains, du moins ceux que j’ai rencontrés, sont friands de protocole?).

Premier constat (et il est majeur) : la très grande majorité de ce groupe connaît Ô que trop bien Facebook… comme un réseau de socialisation à caractère éphémère et souvent chargé de banalités. Quelques tentatives d’usages de Facebook comme moyen de sensibilisation et de mobilisation sont signalés, mais avec des résultats marginaux. Ce chevauchement entre sa vie privée et son implication professionnelle et sociale est vraiment dans une zone grise; on préfère alors de reculer et de confiner FB à des usages classiques.

Conséquence pour le formateur : un grand besoin de démystifier le potentiel de divers outils de réseautage et de collaboration pour ensuite en confirmer une pertinence et ensuite, découvrir /montrer /suggérer des usages innovants.  En même temps, un besoin de s’attarder sur les questions de gestion d’identité numérique; je vois encore les réactions non-verbales approbatrices lors de mes contacts visuels avec les participants. La discussion à la pause le confirme. Après, on aborde la notion de persévérance, de résilience même,  pour en arriver à une exploitation aidante, au sein d’une communauté qui s’élargira au fil des contributions bien pensées et innovantes. Le savoir-publier est une compétence critique ici.

Tout au long de l’atelier, je pense souvent à ce qu’écrit Bill Ferriter : ce qui les motive vraiment, c’est surtout la possibilité de conversations puissantes sur des enjeux qui les passionnent.

Et puis, il y a le défi pour un formateur de savoir gérer les différences : l’appropriation personnelle des outils se fera par étape, d’un individu à l’autre. Pour certains, c’est une substitution directe (amélioration) et pour d’autres, on voit déjà une redéfinition (transformation) de la tâche. Leurs limites : leur créativité et leur engagement. Leur appui : le groupe lui-même : affiliations spontanées, entraide, esprit de collaboration et belle collégialité.

« Les technologies nous ont condamné à devenir intelligents. » (Michel Serres)

Il importe de préciser au groupe d’apprenants que typiquement, après une phase exaltante (effet de nouveauté), il y a /aura un certain relâchement, suivi d’une phase d’intégration et de choix pertinents (tel qu’illustré dans le graphique de Joe Betts-Lacroix).

Cette croissance personnelle est jumelée à une croissance de l’essor de la communauté. Occasion de présenter le rôle essentiel des gestionnaires de communautés en ligne, une profession qui n’existait pas/peu il y a 3 ans à peine. La métaphore du gestionnaire « jardinier » de communauté a sa place ici.

Mais il faut aussi parler de pérennité d’une communauté en ligne : le cycle de vie de l’adhésion à une communauté en ligne illustre bien que le réseau attirera des nouveaux ‘passants’, qui y adhéreront, qui y contribueront et qui deviendront les ‘vétérans’ d’une communauté pour éventuellement s’effacer un peu plus pour laisser la place à d’autres (mais conditionnel à une communauté d’intérêt qui saura se renouveler et rester pertinente). Dans un contexte dynamisé et toujours pertinent, la communauté accueillera de nouveaux membres, attirés eux aussi par le potentiel d’apprendre et de co-apprendre.

Ainsi se poursuivra l’atelier sur 3 jours. On parlera aussi de gouvernance, de balises régissant sa bonne marche et de thématiques retenues. Il y a un sentiment partagé par tous que cet atelier ne se termine pas mais plutôt que c’est le début de quelque chose de nouveau pour plusieurs : saisir le potentiel des outils numériques performants (la plateforme roule sur Drupal) et voir comment on peut s’engager, personnellement et collectivement, dans une démarche qui saura mobiliser les utilisateurs francophones autour d’enjeux et de projets qui, au fond, vise tous à faire de ce monde une meilleure place.

C’est d’ailleurs dans cette optique que je choisis ici de parler un bref moment de la visite du groupe, à la fin de l’atelier, à l’île de Gorée, juste au large de Dakar.

Île de Gorée (photo personnelle)

Autant par sa beauté naturelle, que par le charme des gens et des édifices qui l’habitent, mais surtout par son histoire absolument renversante, cette île a un effet de pouvoir mettre toute chose en perspective : la maison des esclaves, préservée et racontée afin de faire ressentir au visiteur comment l’humain est capable du pire, nous saisit d’émotion, visiteurs de toutes races. C’est aussi une invitation, à mon avis, de travailler ensemble afin que l’humain puisse faire le bien.

La porte du « voyage sans retour » (photo personnelle)

Voilà. Nous remercions nos hôtes sénégalais pour ce bel accueil, les gens rentrent chez eux. Les contributions au portail continuent, parfois timides, mais toujours empreintes de vouloir en faire quelque chose de constructif. Les conditions sont réunies pour un essor impressionnant du RJF (réseau jeunesse francophone), notamment dans les sous-réseaux/thématiques retenues. Comme le soulignait Jes Marden, de l’Île Maurice, « Je vois un engouement des jeunes qui veulent faire entendre leur pensée. »

Le mot de la fin de ce billet, déjà trop long je l’admets, revient à Tony Wagner :

« De plus en plus au 21e siècle, ce que vous savez est bien moins important que ce que vous savez faire avec ce que vous savez. »

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5 Comments

  1. Mais il faut aussi parler de pérennité d’une communauté en ligne : le cycle de vie de l’adhésion à une communauté en ligne illustre bien que le réseau attirera des nouveaux ‘passants’, qui y adhéreront, qui y contribueront et qui deviendront les ‘vétérans’ d’une communauté pour éventuellement s’effacer un peu plus pour laisser la place à d’autres (mais conditionnel à une communauté d’intérêt qui saura se renouveler et rester pertinente). Dans un contexte dynamisé et toujours pertinent, la communauté accueillera de nouveaux membres, attirés eux aussi par le potentiel d’apprendre et de co-apprendre.

    Oui je suis d’accord avec toi, mais l’intégration de nouveaux concepts demande du temps, l’assimilation ne se fait que dans la durée. Pour mon compte je suis un diesel…et j’ai besoin de cours visuels pour intégrer de nouvelles notions. Dans le Mooc, il manque le retour de ce que les organisateurs ont dans leur tête, qui est différent du participant lambda.

    Le pré-supposé cadre qui est tout y est pour apprendre sur le net est utopique. Le principal achoppement est le manque de communication et le feed-back des organisateurs. Les choses ne sont pas actées ou bien si elles sont actées elles restent dans les têtes des universitaires. Pour ma part j’aimerai bien goûter à ton restaurant DIIGOO mais tu as des tags, des infos dont je ne comprends pas l’iorganisation.

    C’est comme si je me trouvais devant un restaurant avec milles plats, oui mais l’humain est ainsi fait qu’il peut faire qu’une chose à la fois. Les notions s’acquiérent par palier. Moi qui suit visuel j’ai besoin de dessins et de cours structurés pour assimiler.

    Après sur le Mooc on doit non seulement comprendre le fonctionnement du Mooc mais aussi se mettre par groupes d’affinités mais comme toujours c’est la communication qui est le centre des problèmes car chacun voit midi à sa pendule d’où les frictions et les abandons.

    Les choses s’acquèrent aussi par la pratique et la modélisation d’où un besoin d’atelier sur le Mooc. Dans les organisateurs je t’ai trouvé très à l’écoute des gens et des différences ce qui est rarement le cas des universitaires français qui sont généralement très cloisonnés dans leur approche et mode de pensée, chaque universitaire français détient son savoir et son pouvoir !!! Ils leur manque la dimension spirituelle.

    Les photos de l’île de gorée sont magnifiques et des gens qui ont été des esclaves et qui ont souffert ont un message plus en adéquation avec les choses de la vie.

    Amicalement Bruno TISON , envoyer documents à brunotison@gamil.com
    Et que le Seigneur te garde dans la Paix et protège ta famille et ceux qui te sont les plus chers.

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