Remettre l’école à qui de droit



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(Source de l’image http://creativecommons.org/publicdomain/zero/1.0/deed.fr Image dédiée au domaine public, via pixabay.com )

À qui de droit? À l’enfant, au jeune, bien sûr. Mais au-delà d’une affirmation relativement facile à dire, ce sont des considérations de grande envergure dont il est question dans ce modeste billet. Avant d’élaborer davantage, je voudrais souligner qu’à la base, les gens œuvrant en éducation le font de tout cœur POUR L’AMOUR DES ENFANTS/JEUNES! Là n’est pas la problématique. Loin de là. Non, au fond, c’est surtout sur la façon de « faire l’école » en cette 2e décennie du 21e siècle et notre défi à dégager une vision et des finalités de formation actualisées au monde d’aujourd’hui (et j’insiste : aujourd’hui, pas seulement ‘de demain’…) qui m’interpellent à écrire ces quelques lignes.

Quelques liens interceptés via mon réseau d’apprentissage professionnel m’ont incité à développer davantage sur ce que j’entends par Éducation 3,0, que j’ai déjà relaté brièvement ici.

D’abord, Yves Morin nous rappelle qu’il est plus que temps de faire le deuil de son pouvoir magistral en tant qu’enseignant et qu’il est impératif de :

« Changer de rôle pour devenir organisateur, personne-ressource, maître de soutien, concepteur de moyens et de séquences didactiques gérés en partie sans l’enseignant, donneur de feed-back, négociateur de contrats, inspirateur d’envies et de projets, médiateur entre les élèves et d’autres sources d’information ou d’encadrement, plutôt que magister seul détenteur du savoir et du pouvoir dans la classe. »

Cela me rappelle cette belle désignation de Cyrille Simard : soyons « inventeurs de lendemains »

Et puis, l’inspirant Alan November invite les enseignants, au moyen des technologies numériques, à redonner le contrôle aux élèves :

« Schools are drastically underestimating children’s capabilities to invent and own their work and by extension the contributions they can make to the world. (…) Technology has the power to bring the one-room schoolhouse back. Students can help one another, connect and collaborate globally. They can contribute meaningful work that can matter to real-world situations. “The real revolution is information and global communication, not technology.” (…) Getting students to care on that level and to be responsible for one another is exactly the kind of shared exploration in community that education should encourage. »

Évidemment, cette visée fondamentalement simple est sous-tendue d’une grande complexité, comme c’est souvent le cas. Jeff Tavernier décrit 8 concepts pour une pédagogie ouverte et hybride; les 8 C dira-t-on :

8 concepts - Jeff Tavernier

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Pour ma part, je considère que la table est mise pour une réflexion qui poussera encore plus loin cette volonté (plus ou moins mise en action) de refaire l’école, de la transformer pour le monde d’aujourd’hui (oui, oui, et de demain aussi…). Ce Prezi décrit comment 5 caractéristiques de l’éducation sont appelées à évoluer, non pas vers une version 2,0 (car certains y sont déjà) mais plutôt vers une version 3,0, où une réelle transformation et de véritables changements de paradigmes auraient lieu. Une sorte de continuum où les caractéristiques sont :

  1. Le rôle primordial de l’enseignant, passant de source unique de connaissances à celui d’orchestrateur de créations collaboratives de connaissances;
  2. Les activités d’apprentissage, passant des devoirs traditionnels (beurkk!) aux activités ouvertes et flexibles, axées sur la créativité et le réseautage social;
  3. Le comportement de l’élève, de passif (« powered down » comme le dit Marc Prensky) à autonome et créatif, conscient de son identité numérique et du « savoir-publier »;
  4. Le mode d’évaluation, trop longtemps axé sur une approche sommative mais appelée à devenir ‘appropriative’, c’est-à-dire l’évaluation en tant qu’apprentissage; et
  5. L’état de l’institution d’enseignement, passant de châteaux-forts d’édifices physiques bien emmurés à des milieux d’apprentissage en affiliations avec d’autres et avec leur communauté. Là où le design est transformé pour favoriser les activités d’apprentissage créatives, signifiantes, rigoureuses (intellectuellement) et ouvertes.

Les TIC y seront omniprésentes, invisibles mais nécessaires. Elles seront au centre de l’activité d’apprentissage. Mais dès qu’on écrit cela, certains perçoivent une affirmation comme quoi les TIC sont une finalité. Il n’est est rien. Elles sont là. Tout simplement. Comme le souligne Lucie Pearson, citant Depover (2008) :

« L‘outil technologique peut offrir de grandes possibilités d‘apprentissage de haut niveau cognitif, impossibles à imaginer auparavant, pour le formateur qui sait bien l‘exploiter. »

Les TIC amplifient tout, notamment les possibilités de réseautage et d’expressions de créativité en formats multiples et ouverts. Ainsi, au lieu de parler de technopédagogie et de citoyenneté numérique, on arrivera, je l’espère, à parler de pédagogie et de citoyenneté tout court! Nous sommes en 2013!

On aura sans doute saisi que cette vision de l’éducation implique d’autres caractéristiques en périphérie (l’enfant et le jeune étant au centre) : quelles sont les finalités de formation? Comment les prescrit-on, les communique-t-on? Comment, au niveau d’une école, exploite-t-on la ressource commune qu’est le temps; la journée scolaire, les parcours, les liens évidents et naturels entre les champs disciplinaires trop longtemps bien segmentés et isolés entre eux? Comment la communauté et les partenaires deviennent des joueurs-clés dans cet environnement d’apprentissage? Comment assurer l’équité d’accès? Quels sont les impacts de tout ceci sur les conventions collectives en vigueur? Et la formation, elle? Initiale ou continue, formelle et informelle, voire sociale…

Ce n’est pas une affaire simple, vous en conviendrez. Il faut de l’innovation et du courage, beaucoup de courage. Changer des moteurs d’avion, quand celui-ci est en plein vol, oui, il faut être courageux. Mais le voyage et la destination en valent le coup, pour l’amour des enfants!

Bon vol!

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8 Comments

  1. Belles réflexions, Jacques… Je suis convaincu, moi aussi, que l’école doit changer au plus vite. Mais tant que ce ne sera pas un changement collectif, systémique, les changements individuels seront limités. Je vois bien de petites choses que je peux faire dans ma classe de math 12, mais je ne peux pas tout « virer à l’envers ». Tu soulèves d’importantes questions: comment gérer le temps et les parcours différemment? comment intégrer de gros changements à un monde postsecondaire qui a ses propres exigences et ses propres structures?

    Mais il faut continuer à vouloir, à en parler, à agir (d’abord à petite échelle). Un jour, nous, les rêveurs, seront plus nombreux que les traditionnalistes – alors, les grands changements s’opéreront!

  2. Merci des commentaires, Yves. Tu soulèves des aspects importants quant au changement systémique : l’isolement professionnel, le bottom-up VS top-down, le seuil (tipping point) pour que le changement se répande, la vision et le leadership, et surtout, ce besoin fondamental pour tout éducateur (et je m’inclus dans le lot même s’il n’y a pas d’autobus jaune qui arrive ici le matin) — et les parents — de savoir ‘actualiser son référentiel pédagogique’. Ce référentiel, BTW, continuera de changer. C’est le phare qui se déplace tout le temps même quand on y approche.

    Il faudra beaucoup de leadership ‘autonomisant’ (« empowering ») appuyé d’une vision partagée de ce que devrait être ‘faire l’école’, afin que le collectif se tisse. (Et oui, le post-secondaire devra se regarder dans le miroir aussi.)

    Et puis, j’ai toujours crains les diligences western qu’on équipe de fusées latérales… 😉

    Courage. Restons passionnés. Nos enfants le méritent bien.

  3. Bonjour Jacques,
    C’est toujours aussi plaisant de lire tes articles. Pour aller dans cette direction, je suis en train de réfléchir à des classe-MOOC. L’idée nécessite d’être approfondie mais elle rejoint les différents points que tu présentes dans ton Prezi : co-élaboration du savoir, développement du « savoir publier », construction d’un réseau social d’apprentissage, … Je suis intéressé par toute critique pour approfondir l’idée.
    Bonne continuation,

    1. Suggestion intéressante. À priori, on estime les MOOCs le lot du post-secondaire mais là, pour les jeunes (secondaire, lycée), cela pourrait être une formule attayante, surtout un cMOOC, de type connectiviste. Car comme le dit Bill Ferriter, ce qu’ils recherchent, ce sont « des conversations puissantes sur les enjeux qui les interpellent »…

  4. Bonjour Jacques , j’aimerai avoir quelques explications sur le retour à Yves, qu’est-ce que le bottom-up VS top down, le seuil tipping point, le référentiel BTW, s’il te plaît lorsque tu utilises un jargon professionnel, veuille mettre des liens hypertextes vers l’info ou bien donner des explications sur le ou les mots ou concepts pour que tout le monde puisse comprendre ta pensée. Merci d’avance brunotison@gmail.com

  5. Bonjour Bruno.
    Cette expression, top-down/bottom-up, veut décrire les différentes perspectives du changement et de la gestion : mouvement/initiatives de la base VS prescriptions imposées par les autorités.
    Le point de bascule (tipping point) est ce point d’inflexion ‘magique’ où il y a une adhérence plus grande et systémique à un changement ou une innovation (« on embarque »!). Certains auteurs le fixent à 18% (des gens dans une org.).
    BTW, ce n’est qu’une abréviation empruntée de l’anglais qui veut dire « en passant ». Je devrai m’abstenir davantage d’utiliser ce type de jargon, qui fait dans le texto calqué d’anglais 😉

    Je ne perds pas de vue l’importance de fournir des liens hypertextes pour mieux soutenir ma réflexion. Merci du rappel.

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