Apprendre et entreprendre au secondaire : une affaire de connexions!

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Hier, c’était le dévoilement du site Apprendre et entreprendre, portant sur l’école communautaire entrepreneuriale au Nouveau-Brunswick francophone. Fruit d’un travail en partenariat entre l’organisme Place aux compétences, l’équipe de production cinématographique Bellefeuille Production, le District scolaire francophone Sud et le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, ce site regorge d’informations, de ressources et de beaux témoignages des différents intervenants scolaires et communautaires qui décrivent avec passion et fierté les réalisations des jeunes qui sont au centre de projets pédagogiques signifiants, contribuant ainsi à leur réussite éducative et au développement des communautés dans lesquelles ils vivent.

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Les capsules vidéo sont d’une qualité professionnelle impressionnante (bravo Bellefeuille Production; salut Michelle et Marc! :-)) et l’utilisateur peut les visionner en fonction des différents projets réalisés dans les écoles communautaires entrepreneuriales participantes, à partir d’une page de recherche. De plus, des informations d’appoint décrivent plus spécifiquement les différents projets mis en valeur et confirment un éventail impressionnant de créativité pédagogique, au service du jeune et de sa communauté.

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Au travers de ces projets, je vois la mise en action de nos textes officiels sur lesquels j’ai eu la chance de contribuer. Notamment en ce qui a trait au développement de l’esprit d’entreprendre, en relation avec la culture entrepreneuriale dans une école. Car dans de tels projets, basés sur des besoins/enjeux du milieu (et pas artificiels), ce sont les jeunes qui s’entreprennent dans des rôles d’initiateurs, de réalisateurs et de gestionnaires, tout en étant conscient de l’impact de leurs actions sur eux-mêmes, les autres et le milieu dans lequel ils vivent. Collectivement, c’est une culture entrepreneuriale qui se forge au sein d’un groupe, d’une école, d’une communauté, qui peut ou ne peut pas inclure de la micro-entreprise. Cette précision est essentielle, notamment pour ceux et celles qui résument une école entrepreneuriale à des initiatives pour générer des revenus… Tellement plus que cela!

esprit d'entreprendre

En visionnant ces belles vidéos Apprendre et entreprendre, où on voit surtout des projets se déroulant dans des écoles primaires, je songeais au défi de prolonger ces initiatives au niveau secondaire. Bien sûr, on y voit déjà des réalisations au secondaire au niveau des métiers et de l’entrepreneuriat (notamment à l’école MFR de St-Louis-de-Kent, et au projet à l’école Mathieu-Martin de Dieppe),

mais je pense qu’il faudra PLUS que cela pour un virage réel au secondaire.

Certes, on a déjà identifié la Vie scolaire (et les conseil des élèves) comme source importante de mise en projets signifiants et rassembleurs et comme exemples innovateurs de gouvernance qui INCLUT la jeunesse acadienne, mais je trouve qu’on a toujours pas atteint le hardcore de l’école secondaire : les cours et les disciplines distinctes, trop longtemps des châteaux-forts en silos!

Et là, j’entends mon ami Robert Boudreau, dans la vidéo principale, qui parle de l’importance de faire des CONNEXIONS! Des connexions afin de dégager du sens.

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Bingo! Connexions entre les matières, mêmes les plus « académiques », pour répondre à un réel besoin du milieu…

*   *   *

UN EXEMPLE (parmi tant d’autres, peu importe leur milieu, leurs réalités) :

Voici quelques idées au pif, juste comme ça…

Imaginez à Shippagan (ou autre milieu maritime) :

  • un projet de conchyliculture (commerciale ou à portée de recherche scientifique) en partenariat avec des producteurs du coin, probablement l’oncle ou le cousin de quelques jeunes de l’école (ça aide!).  Ou pourquoi pas avec un institut de recherche, avec ses spécialistes qui viendraient guider les jeunes,
  • Comprendre le cycle de vie d’espèces marines,
  • Dégager des concepts de physique, de chimie appliquée aux eaux salées et estuariennes,
  • Utiliser des technologies de mesure scientifique pour la collecte de réelles données,
  • Organiser des sessions en direct via Skype ou Adobe Connect (incluant du ‘live-tweeting’ et des retours sur cybercarnets ou vidéocarnets : autrement dit, établir une intention d’écoute) avec quelqu’un comme Mylène Paquette (pourquoi pas?) dont le voyage transatlantique à la rame en solitaire pendant 129 jours consistait à sensibiliser les gens à l’importance de la vie marine pour les humains et pour la biosphère,
  • Via le cours en ligne de Création musicale, inviter des jeunes à composer une musique accompagnant la narration de la superbe lettre de Mylène, Lettre à la mer…,
  • Présenter l’histoire de la pêche commerciale dans la région, depuis ses origines et ses perspectives d’avenir. Formats multimédias variés…
  • Décrire la géographie des fonds marins et bassins versants, tout en attirant l’attention sur la fragilité de ces écosystèmes,
  • Demander aux jeunes d’expliquer des modèles mathématiques qui sous-tendent l’établissement de quotas pour l’industrie de la pêche,
  • Organiser une rencontre publique avec des autorités gouvernementales afin de discuter de ces quotas et de leur impact sur la région,
  • Viser la création d’une app (par les jeunes) pour appareil mobile permettant la gestion de bassin versants (avec outils de géolocalisation et de télémétrie, etc.) ou encore de comprendre les mouvances sur les marchés internationaux de produits de la mer,
  • Effectuer des analyses de marché scrutées et commentées (lecture, écriture, prise de position),
  • Entretenir un blogue où les jeunes relatent leur expérience (les progrès autant que les défis) dans la réalisation d’un tel projet,
  • Gérer une webcam sous-marine qui montre un capteur de larves en action, selon les courants, ou de la présence de mammifères marins,
  • Avoir des jeunes de l’école qui agissent comme guide lors de visites d’enfants du niveau primaire à l’Aquarium et Centre marin, à proximité de l’école,
  • Développer une collaboration avec un lycée à Dakar ou à Brest (ou autre ville maritime de la francophonie) afin de comparer les techniques de pêches et les défis communs de ce secteur d’activité, incluant celui d’assurer le développement durable de la ressource, et le mieux-être socio-économique des populations qui en dépendent,
  • et TELLEMENT d’autres liens vers des résultats d’apprentissage de programmes d’études multiples. Par exemple, du théâtre et du cinéma pour le patrimoine culturel d’une région, un fil Twitter géré par les jeunes avec mot-clic dédié qui informe de l’évolution d’un projet, une journée vie-carrière pour le futur (rapproché) qui traite/discute/explore les professions qui n’existent pas encore… (vous savez ce qu’est un ageekculteur ou un datacopeur ou un visualiticien???) et j’en passe!

La seule limite : notre créativité pédagogique!

Engagement, collaboration, motivation, partenariats bidirectionnels, apprentissages durables, développement durable, innovation sociale, construction identitaire, inclusion et fierté seront au rendez-vous! Sans compter que dans cet engagement actif des enseignants, certains risquent de développer un nouveau regard sur la pédagogie, l’utilisation du numérique, l’évaluation plus authentique, la communication avec les parents, l’organisation de la profession enseignante… Enseignant 3,0 en vue!

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Et des jeunes apprenants 3,0 aussi!

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Des contraintes systémiques de l’école secondaire empêchent le déploiement et la réalisation?

C’est là qu’on les attaque, direction d’école en tête de peloton! Leadership transformatif, plan de match/planification, mobilisation de ressources, partenariats conclus, liens explicites avec les résultats d’apprentissage, nouveau regard sur l’évaluation de ces apprentissages, plus authentique, plus congruente avec ce qui se VIT dans la communauté d’école, éclatement intelligent des cellules de temps favorisant des moments interdisciplinaires. Le temps, c’est bien une des rares ressources qu’une direction d’école peut façonner… D’autres idées : crédits doubles avec le post-secondaire, rencontres parents-enseignants dans de tous nouveaux formats, communication efficiente avec le milieu, incluant les médias traditionnels et nouveaux, stratégie d’accompagnement des enseignants soutenu, explicite, collaboratif, aidant. Mise en place d’une fondation de l’école pour appuyer de tels projets rassembleurs, revoir les espaces physiques des locaux et s’inspirer de ce qui se fait ailleurs, et j’en passe ici aussi…

Et la technologie dans tout cela ? Oui, partout, tout le temps, de son temps, ouverte et réseautée, pour les bonnes raisons. Comme l’oxygène dans l’air : omniprésente mais essentielle!

Son intégration judicieuse avec les activités d’apprentissage entourant le projet ?

On vise rien de moins que les M (modification) et le R (Redéfinition) du modèle SAMR

Modification

Définition : Il s’agit de la première étape qui mène vers une transformation de la salle de classe. Les tâches scolaires ordinaires sont réalisées grâce à la technologie.

Exemple : Les élèves sont invités à rédiger une dissertation sur le thème « Mes croyances sont… ». Ce travail se fait sur Google Drive et l’enseignant a accès aux travaux en cours d’écriture. L’élève doit réaliser un enregistrement audio de l’essai en y ajoutant une musique libre de droits. L’enregistrement sera joué devant un vrai public (élèves, enseignants, parents).

Changement fonctionnel : Il y a changement fonctionnel significatif dans la salle de classe. Alors que tous les élèves acquièrent des compétences d’écriture similaires, la réalité d’un vrai public donne à chacun un intérêt personnel dans la qualité du travail. La technologie est nécessaire dans cette classe puisque celle-ci permet l’évaluation par les pairs et l’enseignant, elle facilite la réécriture et elle permet l’enregistrement audio. De plus en plus, les questions sur le processus d’écriture viennent des élèves eux-mêmes.

Redéfinition

Définition : La technologie informatique permet de nouvelles tâches qui étaient impossibles auparavant.

Exemples : Un enseignant demande aux élèves de créer un documentaire vidéo répondant à une question essentielle liée à des concepts importants du cours. Des équipes d’élèves prennent en charge différents aspects de la question et collaborent pour créer un produit final. Les équipes doivent communiquer avec des sources externes d’information et la vidéo sera publiée sur le blogue de l’école.

Changement fonctionnel : À cette étape, les tâches scolaires communes et la technologie n’existent pas comme une finalité, mais comme un soutien pour centrer l’élève vers son apprentissage. Les élèves apprennent le contenu et les compétences à l’appui des concepts importants, car ils poursuivent le défi de créer une vidéo de qualité professionnelle. La collaboration devient nécessaire et la technologie permet que ces communications se produisent. Les questions et les discussions sont de plus en plus gérées par les élèves.

Je prends la peine de vous spécifier ces liens essentiels avec le numérique car je suis CONVAINCU que nous n’avons pas encore saisi l’ampleur de l’impact des technologies sur le monde de l’éducation. Fini le temps de la considérer comme un ajout intéressant. Elle est devenue centrale! Mais si je vous écris ceci, c’est que je ne suis pas techno-centriste, je suis APPRENANT-CENTRISTE.

Que voulez-vs qu'ils fassent

*   *   *

C’est mon « esprit d’entreprendre » qui a guidé l’écriture de ce billet, car ma vision d’une école secondaire TRANSFORMÉE est réelle. C’est un phare vers lequel on doit ramer ensemble afin de s’en approcher, même si ce phare conserve la prérogative de se déplacer continuellement : tel est le monde dans lequel on vit. Changeant. On doit cela à nos jeunes, qui rament avec nous…

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7 commentaires

  1. WOW! Belle description de ce que nos jeunes adolescents doivent vivre dans une école ayant une culture entrepreneuriale. Comme enseignante, je vis ce genre d’expérience avec mes élèves du primaire. C’est remarquable de voir comment les jeunes peuvent s’entreprendre lorsqu’on leur permet de le faire.
    Nos jeunes du secondaire sont les leaders de demain. Ils sont la clé du changement. Il faut croire en ces jeunes. Ils sont créatifs et conscients des enjeux de notre monde. J’ai adoré le passage portant sur les exemples de projets qui peuvent être réalisés dans les régions maritimes. Maintenant, imaginons des projets pour les régions forestières et autres. Ils peuvent trouver des idées pour permettre d’exploiter les ressources naturelles de nos régions tout en étant conscient de la fragilité de notre écosystème.
    Comme enseignant, nous devons guider nos jeunes afin qu’ils puissent s’exprimer en français sur les médias sociaux. Ils ont leur place sur le web. Nos jeunes sont l’avenir du Nouveau-Brunswick francophone.

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