TIC et développement professionnel : un projet d’ÉQUIPE

Je ne sais pas si c’est dans la foulée de différents rendez-vous « technopédagogiques » de cette année scolaire (Destination Réussite II 2013, Clair 2014, REFER, Sommet iPad en éducation et j’en passe), mais la communauté élargie d’enseignants et de leaders en éducation dans mon réseau fait de plus en plus référence à des outils permettant de mieux décrire, de mieux situer sa démarche d’appropriation du numérique pour apprendre et enseigner, à partir d’un référentiel utile pour l’enseignant-apprenant. Aucun de ces modèles n’est parfait mais tous ont la valeur d’appuyer le professionnel en éducation qui veut actualiser sa pratique, pour le bénéfice des apprenants aujourd’hui.

Cette variété de représentations est une bonne chose, à mon avis :

  • Cela amène l’individu à dégager un sens de chacune d’elles (ou de quelques-unes d’elles) et ainsi contribuer à  façonner son propre modèle d’appropriation technopédagogique.
  • Cela nous montre clairement l’inefficacité d’une simple substitution à une approche traditionnelle.
  • Cela permet d’avoir un débat sain sur les dimensions plus ou moins explicites d’un modèle ainsi que sur les limitations de tel ou tel autre. Chacun a de belles forces qui interpelleront sûrement un nombre d’enseignants en mouvement. Les conversations à cet égard deviennent riches, constructives et sources d’apprentissages aussi.

J’appelle cela avoir du momentum personnel/professionnel. Ce momentum est de plus assujetti à des poussées (aidantes, validantes, encourageantes) par son réseau d’apprentissage personnel/professionnel (PLN); un attribut majeur d’avoir tissé un tel réseau est celui d’éviter l’isolement professionnel.

Et si cet isolement n’était pas seulement brisé en ligne mais également autour de soi, dans son quotidien physique ? Et si l’appropriation technopédagogique était vraiment l’affaire de toute l’école ?

Variations sur un même thème

Parmi ces différents modèles, je vois une constante qui se dégage : l’appropriation progressive du potentiel des TIC par l’enseignant, dans sa classe. Dans ces modèles, je ne vois peu ou pas de différence entre une appropriation par l’enseignante x, venant d’une école où les gens travaillent en isolement, un peu chacun pour soi, et l’enseignante y qui travaille en équipe, dans une école cherchant à faire autrement. Focus : l’enseignante dans sa classe. (Et c’est très bien, on s’entend hein ?)

Que ce soit la matrice d’intégration des TIC (MIT), le modèle TPACK (et TPACK révisé), le modèle SAMR et tout récemment, le modèle ASPID, chaque enseignant peut amorcer ou continuer un virage numérique de sa pratique qui vise en bout de piste de permettre à chacun de ses élèves de réaliser des apprentissages de qualité (Ouf! 7 fois ‘de’ ou ‘des’…) . Son nouveau rôle d’enseignante devient sujet de réflexion importante et les lectures, les conversations, les webinaires et occasions de toute sorte qu’elle se tape l’aideront à se donner une représentation autre de ce que sa formation aurait pu lui inculquer. On peut parler de formation continue parfois formelle, souvent informelle et sociale. On dégage une cible, un idéal, celui de transformer sa classe/sa pratique afin qu’elle soit vraiment de son temps, de son époque, celle de ses élèves. D’enseignant de classe, visons à devenir enseignant de l’école (et de sa communauté), pour ensuite devenir enseignant planétaire! Les enseignants qui s’y dirigent (car on n’est jamais vraiment « arrivés ») sont catégoriques : plus question de revenir à l’arrière. Quand on y goûte, c’est bien bon! Vous vous reconnaissez ici ? Vous en connaissez autour de vous ?

ASPID

tweets Karsenti

Le leadership, encore et encore

Je ne connais aucune direction d’école qui soit contre l’innovation dans son institution : on veut ce qu’il y a de mieux en termes d’apprentissages et en termes d’enseignement. On est toutefois conscient des contraintes parfois culturelles, financières, administratives, souvent systémiques qui peuvent ralentir l’essor de gens dans une école et dans la communauté. Face à cette réalité, on devrait peut-être les voir comme occasions de faire autrement. Certains le font déjà, avec brio.

Dans nombre d’écoles vient ensuite le souci partagé, voire collectif ou communautaire, de revoir comment on peut faire cette école autrement, notamment dans la réalité numérique du monde d’aujourd’hui et ainsi se mettre en marche comme jamais auparavant. Des équipes d’enseignants et des directions d’école, souvent appuyées par leur district/commission scolaire et par la communauté, se mettent en branle. Vitesse initiale quelque peu lente et progressivement, on avance plus vite, ou plutôt, plus confiants. Droit à l’erreur; on y apprend. Là aussi, le niveau et la vitesse d’appropriation varie d’un lieu à l’autre. Il peut y avoir diverses raisons expliquant ses écarts (contexte, ressources, etc.) mais le plus important, à mon avis est celui du leadership des dirigeants. Des dirigeants qui s’impliquent, qui voient grand, qui initient la conversation, qui planifient, qui brassent la cage, qui ajustent le tir, qui font confiance, qui modélisent. Des dirigeants comme Eric Sheninger, qui l’exprime si bien dans ce billet :

Some of the most effective digital leaders, or just leaders for that matter, build capacity in others to move the change process further.  If you are a leader looking to do so, begin to have conversations with your teachers, and more importantly your students, to collaboratively create a system that works for learners as opposed to one that just acts to control them.

Dans un autre article, Sheninger identifie 7 pilliers  pour l’innovation numérique dans une école :

  1. La communication
  2. Les relations avec le public
  3. L’image de marque de l’école
  4. L’engagement des élèves et les apprentissages qu’ils réalisent
  5. L’environnement et les espaces physiques en fonction de l’apprentissage des jeunes
  6. La volonté de toujours vouloir s’améliorer (le phare qui recule, n’est-ce pas?)
  7. Le développement et la croissance professionnelle

J’aime bien ces points, en particulier le 7e. Enseigner = apprendre, continuellement. C’est pour cela que j’estime qu’il faudrait considérer une composante aux divers modèles d’appropriation numérique en éducation : celle qui illustre comment une institution, une école, progresse collectivement afin d’en faire un milieu actualisé, réseauté, et toujours en quête de se surpasser, ensemble. Imaginez une enseignante qui travaille dans un tel contexte (l’enseignante y) en comparaison avec une autre qui travaille dans un milieu peu enclin à la collaboration et au travail en équipe (enseignante x) : dans laquelle de ces deux écoles voulez-vous inscrire vos enfants ?

Un tel modèle augmente en complexité, j’en conviens. On parle de système-école. Quelque chose d’organique, comme les gens qui y vivent, et non statique comme les murs qui l’érigent Par-dessus tout, il y a bon nombre de facteurs locaux qui caractérisent une démarche collective d’appropriation numérique. C’est pourquoi un modèle, une grille, une matrice, doit d’abord servir de guide pour l’école en action. Une grille d’auto-évaluation. «Nous sommes rendus ici et nous voulons nous rendre là

Je vous en suggère une, celle des écoles communautaires entrepreneuriales du Nouveau-Brunswick francophone. Comme bien d’autres modèles, on a des indicateurs et des rubriques permettant de mesurer sa progression, annuelle, trimestrielle… Cette section ne touche qu’un de ses 17 composants structurants. L’école aura identifié lesquels parmi ces composants seront retenus comme faisant partie de son identité, de son projet d’école et de ce qu’elle veut développer avec sa communauté. Les TIC sont un de ces composants. Cette grille d’auto-évaluation n’est pas parfaite et il y aura toujours place pour l’améliorer au fur et à mesure. Mais son mérite est justement qu’elle se veut avant tout un outil de progression (formatif), pas un outil d’évaluation (sommatif).

Exemple de grille d’intégration des TIC pour un système-école

Il s’agit bel et bien d’une grille d’auto-évaluation pour l’école, disponible en format PDF ici. On peut s’en servir au début, au milieu ou à la fin d’une période de temps où l’équipe-école aura identifié cet aspect (ou composant structurant) comme cible d’amélioration continue. Elle se conjugue souvent avec d’autres éléments qui caractérisent l’identité de l’école (et de sa communauté) et devient, avec les autres éléments retenus, une carte de route pour son essor (en commençant par celui de ses jeunes).

Voici un diagramme tracé à main levée où je tente de situer cette grille, cet outil, quelque part entre le projet d’école (appelé ici le PAON, dont en voici un exemple intéressant venant de St-Joseph-de-Madawaska) et les scénarios d’apprentissages intégrés (SAI) que les enseignants conçoivent (souvent en équipe). Les élèves y jouent un rôle actif et la communauté est partenaire dans leur réalisation. Les liens avec les résultats d’apprentissage officiels sont explicites et, c’est là où ça devient carrément trippatif : le numérique devient un puissant levier (avant, pendant et après le projet).

diagramme

(Photo personnelle)

Donc, voici la grille d’auto-évaluation pour la composante TIC, telle qu’utilisée dans le milieu scolaire francophone au Nouveau-Brunswick.

Tout comme d’autres modèles, il faut la lire selon un continuum de développement professionnel :

grille 1 grille 2 grille 3

Indicateurs TIC ÉCENB 5

Et l’évaluation, dans tout ça? C’est un billet en soi. En attendant, ce texte de la Digital Forum Society apporte des lumières intéressantes, sinon des interrogations utiles.

L’avant-dernier mot de la fin revient à Michael Fullan, spécialiste des questions de leadership en éducation, tel que tweeté par Mario Asselin :

citation Mario

J’adore ce sentiment d’urgence d’agir, ainsi exprimé. Des conditions pour une tempête parfaite  🙂

Et le mot de la fin appartient à Cyrille Simard :

tweet Cyrille

BRAVO à ces gens qui construisent, ensemble !

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