L’appareil numérique en salle de classe : je dis OUI !

Pourquoi restreindre la perception du numérique en classe par ceci :diapo 3

(Caricature par Ygreck)

Alors qu’on peut/doit viser ceci :

*   *   *

Avec chaque rentrée scolaire, c’est l’occasion de voir un certain traitement médiatique des sujets reliés à l’éducation; cette année ne fait pas exception (ici, ici et ici, en petit échantillon) et trop souvent, le ton est moins reluisant de ce qu’il pourrait être…

La semaine dernière, quelques interventions sur le sujet de la place des appareils mobiles en classe; ce sondage des directions d’écoles où une majorité y voient une place, la réaction de Mario Asselin, chroniqueur en éducation, et celle du ministre de l’Éducation du Québec. Le débat reprend. Déjà en parler est une bonne chose. Arrivé aux commentaires en ligne publiés dans des journaux à grande circulation de même que sur la place publique Facebook, par contre, on voit vite qu’il reste gros, gros à faire. (Lisez les commentaires, mais prenez une grande respiration avant… considérez-vous informés) Le diable en personne est dans le smartphone, pourrait-on croire.

Le procès des TIC en classe perdure, même après un sixième (1/6) du XXIe siècle (presque) écoulé. J’en arrive au constat suivant : tout autant que les enseignants (et nombre de dirigeants), ce sont les parents et la population en général qu’il faut aussi éduquer, notamment.

À mon avis, la question du mobile en classe sous-tend une autre question, plus profonde, plus fondamentale, celle qui n’arrive pas encore à remonter à la surface pour un réel débat de société sur l’école :

Comment arriver à faire l’école autrement afin qu’elle redevienne pertinente pour le monde dans lequel on vit ?

Serge Goyette, ce grand pédagogue, m’écrivait ce matin :

Comme je te l’ai déjà dit, Jacques : je crois aux hérétiques. Ce sont eux qui font changer les choses.
¨Hérétiquons-nous¨!

Et ces hérétiques, fans du beau risque, auront le vent dans les voiles avec des référentiels, des balises, des exemples de meilleures pratiques existantes et de l’outillage pour avancer. Voilà un peu comment je vois mon rôle : les intercepter, les circonscrire, les diffuser, les relayer…

Une amie m’a écrit au sujet de la question du cellulaire à l’école, en indiquant (avec raison) que :

« Ce qui est difficile pour plusieurs, et je m’inclus dans ce groupe, c’est de « voir » le potentiel, « voir » le possible, « voir » le comment ça s’applique, « voir » l’utilité, et surtout, « voir » le résultat positif. Concrétiser ce phénomène, le vulgariser, en faire une télé-réalité sur TVA… Ça veut dire quoi, ça se traduit comment? C’est la portion qui manque pour que le commun des mortels, nous tous non-pédagogues — et peut-être pédagogues aussi — puissions nous projeter dans l’avenir dès maintenant. Finir par voir que la terre est ronde, plutôt que plate, pas parce qu’on se l’est fait dire, pas parce qu’on l’a lu, mais parce qu’on a pu le constater, de nos propres yeux. Le marketing éducatif, quoi… Et des gens qui continuent de prêcher dans le désert, parce qu’il le faut pour nos enfants. »

Afin de lui fournir (et à mes lecteurs aussi) quelques pistes concrètes, je vous réfère ces quelques liens. D’abord, une étude américaine auprès de directions d’écoles :

Cette étude nous apprend que la plus grande préoccupation des directions d’écoles demeure la formation des enseignants aux usages  judicieux du mobile en salle de classe. En parallèle, les enseignants citent la distraction des élèves comme leur plus grande préoccupation à cet effet. Ces deux points sont intimement reliés : c’est avant tout une question de pédagogie ! À laquelle se greffent des considérations administratives et techniques. Dans cet ordre. Pas l’inverse.

Voici neuf actions pour un usage responsable et bénéfique du mobile en salle de classe. (Entre parenthèses, ma suggestion de lien pour appuyer/informer davantage) :

  1. Mettre à jour (ou générer, si aucune n’est présente) une politique désuète qui criminalise (presque) l’usage de d’appareil numérique personnel par l’élève. (Un exemple du Peel District SB)
  2. Réduire les contraintes d’accès au réseau empêchant les élèves de se connecter. Les aéroports, les McDos, Tim Hortons et les Starbucks l’ont compris, tout comme le doivent les écoles. (À cet effet, la proposition d’Édouard Boccoz, malheureusement restée lettre morte au NB; voir pp. 16 à 21)
  3. Parler à vos élèves ! Faites-les participer activement dans l’élaboration de la politique d’usage du mobile dans votre école.
  4. Préparez vos enseignants à pouvoir gérer judicieusement un environnement de classe riche en appareils connectés en leur donnant accès à de la formation continue et de l’accompagnement local. (NDLR : c’est un des mandats du CADRE21 et le rôle de répondants TIC dans les écoles)
  5. Fournir des occasions de formation pour les enseignants afin d’intégrer les outils numériques qui suscitent l’engagement des jeunes (quand la tâche est signifiante et engageante, l’apport des outils numériques se fait plus naturellement et fait effet de levier)
  6. Relier l’usage judicieux des TIC à la réussite éducative. (Ça demeure LA raison principale. Si ceci est absent, on oublie ça, ok ?)
  7. S’assurer que l’évaluation professionnelle des enseignants tient compte de l’impact des TIC sur un enseignement de qualité.
  8. Mettre en œuvre une stratégie de sensibilisation/formation à l’identité numérique et à la citoyenneté. (À cet égard, des référentiels pour parents du Peel District SB)
  9. Réseauter avec les autres écoles qui connaissent du succès. (Quelques mots-clics à suivre : #AVAN #BYOD #mlearning #cadre21 #byotchat #canedchat)

Est-ce que le numérique transforme le rôle de l’enseignant ? OUI

Est-ce que ceci va leur enlever une part de leur contrôle ? OUI

Est-ce que le numérique à l’école, utilisé de façon judicieuse, va aider les jeunes pour le monde dans lequel on vit ? ABSOLUMENT

Quels sont les arguments contraires à ces prises de position ? Ou plutôt, comment peut-on concilier des impératifs de formation de qualité (pensée critique, savoir lire, écrire et publier, créativité, communication, citoyenneté, empathie et j’en passe) avec un déploiement intelligent d’accès ouvert sur le territoire scolaire ?

Et puis, j’apporte à votre attention la contribution fort soutenue du chercheur en technopédagogie, Gabriel Dumouchel. En particulier, cette publication qui regorge d’exemples concrets (dont ceux du Peel District SB mentionné plus haut)

Z’en voulez-d’autres ?

Je termine avec cette déclaration que je faisais pour une proposition d’initiative AVAN au N.-B. :

« Tout aussi important (et même davantage, à mon humble avis) est le référentiel de déploiement et d’utilisation d’un cadre AVAN pour l’apprentissage (des élèves, des enseignants, des dirigeants, des parents) :
– Mise en place de balises d’usage (politiques d’usage approprié, conditions, révocation, etc.)
– INSISTER sur les types d’usage à favoriser : tout est dans la tâche.
– Donc, il faut ÉDUQUER aux usages judicieux dans un contexte AVAN. Avec tout le respect que j’ai pour les enseignants d’ici, nous sommes loin, très loin, de voir des usages pédagogiques positifs du mobile en classe, sauf quelques rares exceptions, dans le modèle pédagogique dominant dans nos écoles. Les projets de l’École communautaire entrepreneuriale et autres projets engageants sont une piste encourageante.
– Pour y arriver, il faut un plan, des stratégies, des outils, des grilles, de l’accompagnement, de l’ouverture, du beau risque, de l’engagement, des traces laissées en ligne soulignant les bons coups, le droit d’apprendre de nos erreurs, du courage. Heureusement que ce ne sont pas des roues à inventer ici : Je vois plein de choses à cet effet, de près et de loin.
– Deux conditions sine qua non pour y arriver : 1. que les pédagogues et responsables de réseau informatique travaillent ENSEMBLE, avec confiance en l’autre. 2. Formation (sous multiples formes) des enseignants.

Nos jeunes nous attendent à l’autre bout. »

Nos jeunes nous attendent à l’autre bout… ! Nous leur devons d’offrir toutes les occasions de développer les compétences devenues incontournables pour le monde dans lequel on vit. Il s’agit d’une responsabilité sociale dont on ne peut se départir pour des impératifs nostalgiques, mal informés. Ne limitons pas nos enfants à nos apprentissages car ils sont nés d’une autre époque.

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