Souligner les traces de l’innovation pédagogique

Mon billet aurait pu s’intituler « Le #FAILproof ne changera pas le monde de l’éducation… ». En tout cas, je vais tenter d’être bref et au point [sic].

La métaphore du crayon en éducation est bien connue. On l’a relayée encore hier dans La Presse, dans cette opinion de Marc-André Girard. Essentiellement, il nous dit :

« Nos leaders, ceux qui expérimentent et documentent pour faciliter le travail de la majorité de nos enseignants, sont confrontés à ceux qui effacent quotidiennement leur travail. »

Je me souviens de l’avoir relayée en 2013, cette métaphore ! Même à cette « époque », les agents de changement en éducation faisaient preuve de courage face à la lenteur du système d’éducation à se regarder dans le miroir et à mettre en œuvre les bases d’un changement durable.

2010 : Hé, il y a déjà un dixième du 21e derrière nous !

2012 : Ciel, déjà un huitième derrière nous !

2014 : Oh-oh, un septième passé, qu’est-ce qui a changé ?!

et 2018 : Urgence ! Un sixième terminé, où en sommes-nous ?

 

L’urgence d’agir, un sentiment vif parfois même ressenti physiquement, vous l’avez, vous qui souhaitez voir l’école se transformer pour les BONNES raisons : pertinente avec son temps, congruente avec les avancées en sciences cognitives et les neurosciences, judicieusement en synchro avec tous les leviers numériques déployés par des enseignants qui font preuve d’audace lucide, de créativité bien fondée et d’excellence pédagogique. Je maintiens mon message aux agents de changement : il fait persévérer et faire preuve de courage alors que la résistance au changement cherche plus que jamais à se manifester. L’immobilisme semble avancer à bon train, il me semble parfois.

Pourquoi je dis cela ? Un commentaire sur Facebook, suite au relais de l’article de Girard. Bien articulé, j’en conviens. Un premier extrait toutefois qui me fait réagir :

« Vouloir soutenir son point de vue en écrivant que les « novateurs » documentent leurs expériences, c’est omettre de mentionner que ces expériences se font sur la base de postulats qui n’ont pas été suffisamment documentés et qui relèvent bien souvent d’une sorte de fanatisme pédagogique » (lien)

Je lis cela et je pense :

  • À Roberto Gauvin qui documente l’aventure du Centre d’apprentissage du Haut-Madawaska depuis 2004. 2004, vous avez bien lu !!
  • À Brigitte Léonard qui innove depuis aussi longtemps et qui a notamment généré la page Les TIC en éducation sur Facebook (20 635 membres en date d’aujourd’hui) !
  • À Catherine Lapointe qui blogue, qui relaie, qui réagit, qui partage ses innovations en classe depuis plusieurs années déjà !
  • À Éric Tremblay qui, en 2016, passait pour le « mouton noir de l’éducation » et qui aujourd’hui signe une chronique Éducation régulière dans le Journal de Québec !
  • À Mario Asselin, observateur et commentateur du monde l’éducation, qui signe de nombreux billets et chroniques depuis plus de 15 ans !
  • À Sylvain Desautels qui ne cesse d’épater par sa créativité pédagogique dont l’essentiel indicateur demeure le succès (i.e. l’épanouissement personnel et intellectuel) de ses élèves !
  • Aux amis franco-ontariens qui ont entamé la transformation d’abord humaine et ensuite systémique (et non l’inverse) de tout un système d’éducation; un maillage bien pensé entre l’innovation sur le terrain (bottom-up) et une vision sociétale assumée avant tout par le (et aujourd’hui la) Premier ministre de la province (top-down) et qui place à l’avant-scène le développement des compétences globales, appuyé par de solides leviers numériques !
  • À Michel Choquette et Adam Desjardins qui ont fait de leur Fabrique Beaubois un haut lieu d’apprentissages solides (INCLUANT des apprentissages disciplinaires) partagé par l’ensemble du personnel de l’école, pas juste des bidouilleux fanatiques !
  • À Marie-Claude Gauthier qui fait de l’écriture collaborative un canevas pour des activités d’apprentissage en langue et culture de très très haut niveau académique, au grand plaisir de ses élèves !
  • À Annick Arsenault-Carter qui inverse sa classe, avec les jeunes et leurs parents comme partenaires actifs, depuis au moins 2012 et qui ne cesse de croître professionnellement depuis !
  • À Christian LeBlanc qui ose faire autrement dans son collège à Longueuil où le numérique est en filigrane, tout comme la C.U.A. (conception universelle de l’apprentissage) et une participation marquée au Coopérathon !
  • À Alain Poitras, d’abord comme directeur d’école et aujourd’hui responsable de l’école entrepreneuriale communautaire au sud-est du N.-B. qui a su faire valoir, contre vents et marées (ministérielles) parfois, l’importance de l’esprit d’entreprendre du jeune et de la place incontournable du numérique pour cette école où chaque élève devient initiateur, réalisateur et gestionnaire de ses apprentissages, depuis plus de 10 ans maintenant !
  • Aux centaines et centaines d’autres qui partagent via Twitter ou autres leur engouement, PAS leur fanatisme, de leur profession dans laquelle ils et elles se voient en apprentissage continu (état d’esprit ouvert à la croissance professionnelle), bien souvent via le visage heureux et engagé de leurs élèves !

 

Alors, avant qu’on me convainque qu’il faut s’assurer que tout doit être conforme et FAILproof (i.e. sans faille, vérifié et certifié) avant de changer quoi que ce soit, comme ce que je retiens de ce deuxième extrait :

« Peut-être que la solution est dans la tempérance, et que ces deux extrêmes devraient s’assouplir et essayer de se comprendre. Nos enfants et nos jeunes ne sont pas des rats, et l’école ne doit pas être un laboratoire destiné à assouvir les désirs émancipateurs d’alchimistes de l’éducation » (lien)

…je dis que trop de jeunes attendent. Pire, trop ont attendu et joué la game de l’école calquée sur un modèle vieux de plus d’un siècle.

Je dis GO ! aux innovateurs. Osez, mais osez intelligemment. Soyez audacieux et lucides. Soyez créatifs mais toujours ouverts à faire mieux ce que vous faites bien. Restez rigoureux. Apprenez toujours. Partagez, et partagez encore ! Laissez des traces ! Ce ne sont pas des rats de laboratoire que vous avez devant vous mais des jeunes qui ont des choses à exprimer, démontrer, co-créer, débattre, comprendre. Leurs compétences globales qui émergent leur serviront dans leur projet de vie et de carrière.

Je rejoins complètement Girard quand il affirme :

« Je pense humblement qu’au lieu d’infantiliser ces professionnels de l’éducation, en présumant qu’ils ont perdu leur capacité de juger de la pertinence des outils didactiques à utiliser pour leurs élèves, on devrait plutôt les soutenir, les reconnaître et même, les remercier ! »

Soyez des mines de crayon.

 

 

 

 

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