Savoir compter sur l’effet enseignant

*Cet article a été publié sur le site du réseau EdCan le 2 mars 2018. Il a été co-écrit avec mon collègue et ami Normand Brodeur.

Qu’on se le dise une fois pour toutes : l’innovation, bien que souhaitée par plusieurs administrateurs et gestionnaires scolaires, ne saurait se réaliser à grande échelle sans l’engagement des enseignants comme acteurs principaux de transformation des pratiques en classe.

Les analyses des meilleurs systèmes scolaires de par le monde (UNESCO, OCDE, pour ne nommer que ces organismes) démontrent clairement que toutes les énergies doivent être déployées vers la salle de classe. Autrement dit, l’enseignant doit être un apprenant à vie soutenu par son organisation, la direction de son école et sa communauté. Cet enseignant est donc un expert, passionné, innovant et réseauté. La direction qui assure un leadership dynamique travaille à maximiser l’effet enseignant. Pour sa part, l’école comme système offre le support, le temps et les ressources nécessaires pour soutenir les deux premiers : cela dans le seul but que les élèves réalisent de meilleurs apprentissages dans des environnements stimulants. On rêve de citoyens conscients et engagés.

Ne cherchons plus le quoi, mais le comment

Les compétences appelées du 21e siècle (cela fait tout de même 18 ans que nous y sommes!) sont bien connues et diffusées. Le besoin n’est donc pas de les faire connaître à nouveau, mais bien de les déployer. Nous savons quoi faire depuis longtemps. Maintenant, nous devons nous attarder au « comment faire ».

« À moins de vivre dans un terrier et d’enseigner à des lapins, nul ne peut ignorer les connaître [compétences du 21e siècle]. » ~Normand Brodeur

La qualité des enseignants a été mentionnée maintes fois, notamment par l’OCDE, comme le principal facteur sur lequel nous pouvons agir pour améliorer la réussite des élèves, une fois inscrits à l’école. Le contexte familial (si important) et le monde de la petite enfance échappent souvent à la connaissance des enseignants. Il est question ici de « dépistage précoce » ou « d’agir tôt » pour être en mesure de bien soutenir les élèves dans leur cheminement. Pour assurer un meilleur suivi des élèves, certaines provinces ont regroupé les services de la petite enfance et la scolarisation dans un seul et même ministère. C’est une question de cohérence pour soutenir les enseignants et les accompagner dans le changement.

Trop souvent jugée conservatrice, l’école ne peut plus vivre en marge de la vie de ses propres élèves qui sont hyper connectés. Cette arrivée de plus en plus massive du numérique à l’école peut devenir « l’élément perturbateur positif » pour susciter les changements de pratique en classe. Nombreux sont les enseignants qui témoignent du changement de leur pédagogie et même des espaces physiques à la suite de l’intégration judicieuse du numérique. Pour être judicieuse, cette intégration doit s’appuyer sur des intentions pédagogiques bien définies pour contrer la mise en garde énoncée par Andréa Schleicher, directeur de l’éducation et des compétences de l’OCDE. « […] en nous contentant d’ajouter les technologies du 21e siècle aux pratiques pédagogiques du 20e siècle, nous ne faisons qu’amoindrir l’efficacité de l’enseignement. » L’intégration du numérique n’est pas une panacée. Encore faut-il bien accompagner les enseignants quant à l’impact des changements à venir sur leur développement professionnel.

(Source : Future Classroom Lab, European Schoolnet)

Installer un contexte favorable au changement : du leadership assumé et partagé!

S’engager à changer son école, c’est bien. Instaurer un modus vivendi axé sur la collaboration de tous, c’est mieux. L’isolement professionnel n’est plus une option. Force est d’admettre que l’école actualisée (nouvelles compétences, nouveaux scénarios et nouveaux espaces) est un projet ambitieux, voire essoufflant. Dans les écoles qui innovent et transforment, il y a plusieurs communautés d’apprenants, à structure établie ou informelle, permettant aux acteurs de faire mieux ce qu’ils font bien. Place à l’audace, à la créativité et à l’excellence; l’improvisation est à proscrire. Le point de mire restera toujours la qualité des apprentissages des jeunes.

(Diagramme par Marius Bourgeoys, @bourmu)

Dans un tel contexte, la formation continue des enseignants est valorisée et reconnue. Ces enseignants s’engagent dans l’action professionnelle et pédagogique avec une posture réflexive. Leurs élans sont valorisés et la reconnaissance de leurs compétences développées est visible; un modus vivendi qui mène alors vers de nouveaux modus operandi (et non l’inverse!). Une culture de croissance règne, à commencer chez la direction d’école.

Quels sont les signes de changement dans une école ?

Le blogueur Scott McLeod décrit 18 signes d’une école qui innove, dont un leadership qui :

  1. Permet et appuie l’innovation chez les enseignants;
  2. Modélise le changement, notamment dans l’utilisation judicieuse du numérique;
  3. Réduit, distille et fait la connexion entre innovations disparates pour une meilleure cohérence interne de l’équipe-école;
  4. Donne une voix de premier plan aux jeunes dans le devenir de l’école;
  5. Comprend que chacun apporte son lot de croyances, d’idées, de suppositions et de valeurs à la table. (Celles-ci sont des atouts et non des problèmes à gérer);
  6. Appuie les enseignants qui traduisent les énoncés de mission et les grandes idées en pratiques quotidiennes engageantes et innovantes;
  7. Dégage et offre des parcours d’apprentissage variés afin que chaque jeune puisse découvrir ou confirmer sa passion tout en développant les compétences et les connaissances pour son projet de vie et de carrières;
  8. Repense les horaires, le transport, les ressources humaines, les budgets et autres éléments d’un système-école dans une perspective axée sur la réussite éducative de chaque élève, l’indicateur ultime;
  9. Sait que tout n’ira pas toujours comme prévu et sait apprendre de ceci;
  10. Est persévérant et courageux, appuyé par les décideurs de la grande organisation (conseil, district, gouvernance).

Conclusion

Le changement durable, véritable, ne peut se faire que par les enseignants. Les changements sont multiples; ils sont évolutifs. Les incréments de changement l’emportent sur le tabula rasa (il n’y en aura pas, vraisemblablement). Au cœur, le numérique et l’humain. Le système-école dans lequel ils opèrent devient un écosystème-école.

En ayant le cap sur le phare de l’école faite autrement, on verra ce phare se déplacer encore plus loin alors qu’on y approche ensemble, changements sociétaux obligent! L’écrivain Robert Louis Stevenson nous l’a bien dit : « L’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage. »

Bon voyage!

 

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